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Tome premier.
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288
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288 LES CONFESSIONS,

tout ce que le bon sens et quelques lumières m’inspiroient debien pour son service et celui du roi. Ce qu’il fit de plus raison-nable fut de se lier avec le marquis de Mari, ambassadeur d’Es-pagne, homme adroit et fin, qui l’eût mené par le nez s’il l’eûtvoulu; mais qui, vu l’union d’intérêt des deux couronnes, le con-seil oit d'ordinaire assez bien, si l’autre n’eût gâté ses conseils enfourrant toujours du sien dans leur exécution. La seule chosequ’ils eussent à faire de concert étoit d’engager les Vénitiens àmaintenir la neutralité. Ceux-ci ne manquaient pas de protesterde leur fidélité à l’observer, tandis qu’ils fournissoient publique-ment des munitions aux troupes autrichiennes, et même des re-crues sous prétexte de désertion. M. de Moutaigu, qui, je crois,vouloit plaire à la république, ne manquoit pas aussi, malgré mesreprésentations, de me faire assurer dans toutes ses dépêchesqu’elle n’enfreindroit jamais la neutralité. L’entêtement et la stu-pidité de ce pauvre homme me faisoient écrire et faire à tout mo-ment des extravagances dont j’étois bien forcé d’être l’agent puis-qu’il le vouloit, mais qui me rendoient quelquefois mon métierinsupportable et même presque impraticable. Il vouloit absolu-ment, par exemple, que la plus grande partie de sa dépêche auroi et de celle au ministre fût en chiffres, quoique l’une et l’autrene contînt absolument rien qui demandât cette précaution. Je luireprésentai qu’entre le vendredi qu’arrivoient les dépêches de lacour, et le samedi que partoient les nôtres, il n’y avoit pas assezde temps pour l’employer à tant de chiffres et à la forte corres-pondance dont j’étois chargé pour le même courrier. Il trouva àcela un expédient admirable, ce fut de faire dès le jeudi la ré-ponse aux dépêches qui dévoient arriver le lendemain. Cette idéelui parut même si heureusement trouvée, quoi que je pusse luidire sur l’impossibilité, sur l’absurdité de son exécution, qu’ilen fallut passer par-là ; et tout le temps que j’ai demeuré chezlui, après avoir tenu note de quelques mots qu’il me disoit dansla semaine à la volée, et de quelques nouvelles triviales que j’al-lois écumant par-ci par-là, muni de ces uniques matériaux, je nemanquois jamais le jeudi matin de lui porter le brouillon des dé-pêches qui dévoient partir le samedi, sauf quelques additions oucorrections que je faisois à la hâte sur celles qui dévoient venir levendredi, et auxquelles les nôtres servoient de réponses. Il avoitun autre tic fort plaisant, et qui donnoit à sa correspondance unridicule difficile à imaginer; c ! étoit de renvoyer chaque nouvelle