PARTIE II, LIVRE VIII. ( 1753 .) 369
pas moins réussi que les airs, et a paru, même au public, toutaussi bien fait pour le moins. Je dédiai ma pièce à M. Duclosquil’avoit protégée, et je déclarai que ce seroit ma seule dédicace.J’en ai pourtant fait une seconde avec son consentement; mais ila dû se tenir encore plus honoré de cette exception, que si je n’enavois fait aucune.
J'ai sur cette pièce beaucoup d’anecdotes , sur lesquelles deschoses plus importantes à direne me laissent pas le loisir de m’éten-dre ici. J’y reviendrai peut-êtreun jour dans le supplément. Je n’ensaurois pourtant omettre une, qui peut avoir trait à tout ce quisuit. Je visitois un jour dans le cabinet du baron d’Holbach samusique ; après en avoir parcouru de beaucoup d’espèces, il medit, en me montrant un recueil de pièces de clavecin : Voilà despièces qui ont été composées pour moi; elles sont pleines dégoût,bien chantantes; personne ne les connoît ni ne les verra que moiseul. Vous en devriez choisir quelqu'une pour l’insérer dans votredivertissement. Ayant dans la tête des sujets d’airs et des sym-phonies beaucoup plus que je n’en pouvois employer, je me sou-ciois très peu des siens. Cependant il me pressa tant, que par com-plaisance je choisis une pastorelle que j’abrégeai, et que je misen trio pour l’entrée des compagnes de Co'ette. Quelques moisaprès, et tandis qu'on représentoit le Devin, entrant un jour chezGrimm, je trouvai du monde autour de son clavecin, d’où il seleva brusquement à mon arrivée. En regardant maelrnalementsur son pupitre, j’y vis ce même recueil du baron d’IIolbacb, ou-vert précisément à cette même pièce qu’il m’avoit pressé de pren-dre, en m’assurant qu’elle ne sortiroit jamais de ses mains. Quel-que temps après je vis encore ce même recueil ouvert sur leclavecin de M. d’Epinay, un jour qu’il avoit musique chez lui.Grimm ni personne n’a jamais parlé de cet air, et je n’en parleici moi même que parcequ’ii se répandit quelque temps après unbruit que je n’étoispas l’auteur du Devin du village (a). Commeje ne fus jamais un grand croque-note, je suis persuadé que sansmon Dictionnaire de musique on auroit dit à la fin que je ne lasa vois pas 1 .
Quelque temps avant qu’on donnât le Devin du village, il étoitarrivé à Paris des bouffons italiens, qu’on fit jouer sur le théâtre
(a) Vau. ... r< u bruit qui véritablement ne dura pas, que je n'élois l'auteur quedu Devin d i village.
(') Je ne prévoyoisguère encore qu'on le diroit enfin, malgré \e Dictionnaire.