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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. (1756.) 403

lequel on avoit tâché de faire entrer la fille, en promettant de leurprocurer, par madame d’Épinay, un regrat de sel, un bureau àtabac, et les tentant, en un mot, par l’appât du gain. On leuravoit représenté qu’étant hors d’état de rien faire pour elles, jene pouvois pas même, à cause d’elles , parvenir à rien faire pourmoi. Comme je ne voyois à tout cela que de la bonne intention,je ne leur en savois pas absolument mauvais gré. Il n’y avoit quele mystère qui me révoltât, surtout de la part de la vieille, qui,de plus, devenoit de jour en jour plus flagorneuse et plus pate-line avec moi : ce qui ne l’empèchoit pas de reprocher sans cesseen secret à sa fille qu’elle m’aimoit trop, qu’elle me disoit tout,qu’elle n’étoit qu’une bête, et qu’elle en seroit la dupe.

Cette femme possédoit au suprême degré l’art de tirer d’un saedix moutures. de cacher à l’un ce qu’elle recevoit de l’autre, et àmoi ce qu’elle recevoit de tous. J’aurois pu lui pardonner sonavidité , mais je ne pouvois lui pardonner sa dissimulation. Quepouvoit-elle avoir à me cacher, à moi qu’elle savoit si bien quifaisois mon bonheur presque unique de celui de sa fille et du sien ?Ce que j’avois fait pour sa fille , je l’avois fait pour moi ; mais ceque j’avois fait pour elle méritoit de sa part quelque reconnois-sance {a) ; elle en auroit dû savoir gré du moins à sa fille, et m’ai-mer pour l’amour d’elle, qui m’aimoit. Je l’a vois tirée de la pluscomplète misère, elle tenoit de moi sa subsistance, elle me de-voit toutes les connoissances dont elle tiroit si bon parti. Thérèsel’avoit long-temps nourrie de son travail, et la nourrissoit main-tenant de mon pain. Elle tenoit tout de cette fille, pour laquelleelle n’avoit rien fait ; et ses autres enfants, qu’elle avoit dotés,pour lesquels elle s’étoit ruinée, loin de lui aider à subsister,dévoroient encore sa subsistance et la mienne. Je trouvois quedans une pareille situation elle devoit me regarder comme sonunique ami, son plus sur protecteur, et, loin de me faire un secretde mes propres affaires, loin de comploter contre moi dans mapropre maison, m’avertir fidèlement de tout ce qui pouvoit m’in-téresser, quand elle l’apprenoit plus tôt que moi. De quel œil pou-vois-je donc voir sa conduite fausse et mystérieuse? que devois-jepenser surtout des sentiments qu’elle s’efforçoit de donner à safille? quelle monstrueuse ingratitude devoit être la sienne, quandelle clierchoit à lui en inspirer ?

Toutes ces réflexions aliénèrent enfin mon cœur decette femme,W 'Ul. de sa part quelque gratitude; elle....