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Tome premier.
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418
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IBS CONFESSIONS.

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autre, je ne voyois dans ses aigres sarcasmes quele mot pour rire,et ne le trouvois que folâtre, où tout autre l’eût trouvé extrava-gant. {a).

A force de vigilance et de soins, je parvins si bien à garder lejardin, que quoique la récolte du fruit eût presque manqué cetteannée, le produit fut triple de celui des années précédentes ; et ilest vrai que je ne m’épargnois point pour le préserver, jusqu’à es-corter les envois que je faisois à la Chevrette et à Épinay, jusqu’àporter des paniers moi-même; et je me souviens que nous en por-tâmes un si lourd, la tante et moi, que, prêts à succomber sous lefaix, nous fûmes contraints de nous reposer de dix en dix pas,et n’arrivâmes que tout en nage.

( 1757 . ) Quand la mauvaise saison commença de me renfermerau logis, je voulus reprendre mes occupations casanières; il neme fut pas possible. Je ne voyois partout que les deux charman-tes amies, que leur ami, leurs entours, le pays qu’elles habitaient,qu’objets créés ou embellis pour elles par mon imagination. Jen’étois plus un moment à moi-même, le délire ne me quittoit plus.Après beaucoup d’efforts inutiles pour écarter de moi toutes cesfictions, je fus enfin tout-à-fait séduit par elles, et je ne m’occu-pai plus qu’à tâcher d’y mettre quelque ordre et quelque suite,pour en faire une espèce de roman.

Mon grand embarras étoit la honte de me démentir ainsi moi-même si nettement et si hautement. Après les principes sévèresque je venois d’établir avec tant de fracas, après les maximesaustères que j’avois si fortement prêchées, après tant d’invectivesmordantes contre les livres efféminés qui respiroient l’amour et lamollesse, pouvoit-on rien imaginer de plus inattendu, de pluschoquant, que de me voir tout d’un coup m’inscrire de ma propremain parmi les auteurs de ces livres que j’avois si durementcensurés? Je sentais cette inconséquence dans toute sa force, jeme la reprochois, j’enrougissois, je m’en dépitais : mais tout celane put suffire pour me ramener à la raison. Subjugué complète-ment , il fallut me soumettre à tout risque, et me résoudre à bra-ver le qu’en dira-t-on; sauf à délibérer dans la suite si je merésoudrois à montrer mon ouvrage ou non : car je ne supposonspas encore que j’en vinsse à le publier.

Ce parti pr is, je me jette à plein collier dans mes rêveries ; et à

(a) Var. ... extravagant. Ainsi ceux qui le soufflaient en furent cette fois pourleur peine, et je n’en passai pas mon hiver moins tranquillement .