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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. (1757.) 433

des préférences pour un homme plus âgé que lui, et dont luiGrimm, depuis qu’il fréquentoit les grands, ne parloit plias quecomme de son protégé.

Mes soupçons sur madame d'Kpinay se changèrent en certi-tude, quand j’appris ce qui s'étoit passé chez moi. Quand j’étoisà la Chevrette, Thérèse y venoit souvent, soit pour m’apportermes lettres, soit pour me rendre des soins nécessaires à ma mau-vaise santé. Madame d’Épinavlui avoit demandé si nous ne nousécrivions pas, madame d'Houdetot et moi. Sur son aveu, madamed'Épinay la pressa de lui remettre les lettres de madame d'Hou-detot , l’assurant qu’elle les recachèteroit si bien qu’il n’y paroî-troit pas. Thérèse, sans montrer combien cette proposition laseandalisoit, et même sans m’avertir, se contenta de mieux cacherles lettres qu’elle m'apportait : précaution très heureuse; car ma-dame d’Épinay ta faisoit guetter à son arrivée, et, l'attendant aupassage, poussa plusieurs fois l’audace jusqu’à chercher dans sabavette. Elle fit plus : s’étant un jour invitée à venir avec M. deMargency dîner à l’Ermitage pous- la première fois depuis quej’y demeurais, elle prit le temps que je me promenois avec Mar-gency, pour entrer dans mon cabinet avec la mère et la fille, etles presser de lui montrer les lettres de madame d’Houdetot. Si lamère eût su où elles étaient, les lettres étoient livrées; mais heu-reusement la fille seule le savoit, et nia que j’en eusse conservé au-cune. Mensonge assnrément plein d’honnêteté, de fidélité, de gé-nérosité, tandis que la vérité n’eût été qu’une perfidie. Madamed’Épinay, voyant qu’elle ne pouvoit la séduire, s’efforça de l’irri-ter par la jalousie, en lui reprochant sa facilité et son aveugle-ment. Comment pouvez-vous, lui dit-elle, ne pas voir qu'ils ontentre eux un commerce criminel? Si, malgré tout ce qui frappevos yeux, vous avez besoin d'autres preuves, prêtez-vous donc àce qu’il faut faire pour les avoir. Vous dites qu’il déchire les let-tres de madame d’Houdetot aussitôt qu’il les a lues : eh bien! re-cueillez avec soin les pièces, et donnez-les-moi ; je me charge deles rassembler. Telles étoient les leçons que mon amie donnoit àma compagne.

Thérèse eut la discrétion de me taire assez long-temps toutesces tentatives; mais voyant mes perplexités, elle se crut obligéeH me tout dire, afin que, sachant à qui j’avois affaire, je prissei mes mesures pour me garantir des trahisons qu’on me préparent.Mon indignation, ma fureur ne peut se décrire. Au lieu de dis,si-1- 19