PA.RTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 453
yeux son mouchoir baigné de larmes, tant qu'il étoit en vue del’hôtel ; mais au détour d’une certaine allée, des gens auxquels ilne songeoit pas le virent mettre à l’instant le mouchoir dans sapoche], et tirer un livre. Cette observation, qu’on répéta, futbientôt publique dans tout Paris, et presque aussitôt oubliée. Jel’avois oubliée moi-même : un fait qui me regardoit servit à mela rappeler. J'étois à l’extrémité dans mon lit, rue de Grenelle : ilétoit à la campagne; il vint un matin me voir tout essoufflé, di-sant qu’il venoit d’arriver à l’instant même; je sus un momentaprès qu’il étoit arrivé de la veille, et qu’on l’avoit vu au spec-tacle le même jour.
Il me revint mille faits de cette espèce ; mais une observationque je fus surpris de faire si tard me frappa plus que tout cela.J’avois donné à Grimm tous mes amis sans exception ; ils étoienttous devenus les siens. Je pouvois si peu me séparer de lui, quej’aurois à peine voulu me conserver l’entrée d’une maison où il nel’auroit pas eue. Il n’y eut que madame de Créqui qui refusa del’admettre , et qu’aussi je cessai presque de voir depuis ce temps-là. Grimm, de son côté, se fit d’autres amis, tant de son es’oc quede celui du comte de Frièse. De tous ces amis-là, jamais un seuln’est devenu le mien ; jamais il ne m’a dit un mot, pour m’enga-ger de faire au moins leur eonnoissance ; et de tous ceux quej’ai quelquefois rencontrés chez lui, jamais un seul ne m’a mar-qué la moindre bienveillance, pas même le comte de Frièse . chezlequel il demeuroit, et avec lequel il m’eùt par conséquent ététrès agréable de former quelque liaison ; ni le comte de Schom-berg, son parent, avec lequel Grimm étoit encore plus familier.
Voici plus : mes propres amis, dont je fis les siens, et qui tousm'étoient tendrement attachés avant cette eonnoissance, changè-rent sensiblement pour moi quand elle fut faite. Il ne m’a ja-mais donné aucun des siens, je lui ai donné tous les miens, et ila fini par me les tous ôîer. Si ce sont là des effets de l’amitié, quelsseront donc ceux de la haine ?
Diderot même, au commencement, m’avertit plusieurs fo'sque Grimm , à qui je donnois tant de confiance, n’étoit pas monami. Dans la suite il changea de langage, quand lui-même eutcessé d’être le mien
La manière dont j’avois disposé de mes enfants n’avoit besoindu concours de personne. J’en instruisis cependant mes amis,uniquement pour les en instruire, pour ne pas paroître à leurs