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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE IX. ( 1757 .) 463

ma foibîesse. Je fis et tins la résolution de ne voir plus en ma-dame d'Houdetot que mon amie et la maltresse de mon ami ; etje passai tête à tête avec elle quatre ou cinq heures dans un calmedélicieux, préférable infiniment, même quant à la jouissance, àces accès de fièvre ardente que jusqu’alors j’avois eus auprèsd’elle. Comme e'ie savoit trop que mon cœur n’étoit pas changé,elle fut sensible aux efforts que j’avois faits pour me vaincre ; ellem’en estima davantage, et j’eus le plaisir de voir que son amitiépour moi n’étoit point éteinte. Elle m’annonça le prochain retourde Saint-Lambert, qui, quoique assez bien rétabli de son aitaque,n’étoit plus en état de soutenir les fatigues de la guerre, et quit-toitle service pour venir vivre paisiblement auprès d'elle. Nousformâmes le projet charmant d’une étroite société entre noustrois, et nous pouvions espérer que l'exécution de ce projet seroitdurable, vu que tous les sentiments qui peuvent unir des cœurssensibles et droils en faisoient la base, et que nous rassemblionsà nous trois assez de talents et de connoissances pour nous suf-fire à nous-mêmes, et n'àvoir besoin d’aucun supplément étranger.Hélas ! en me livrant à l’espoir d’une si douce vie, je ne songeoisguère à celle qui m’attendoit !

Nous parlâmes ensuite de ma situation présente avec madamed’Épinay. Je lui montrai la lettre de Diderot, avec ma réponse;je lui détaillai tout ce qui s’étoit passé à ce sujet, et je lui décla-rai la résolution où j’étois de quitter l’Ermitage. Elle s’y opposavivement, et par des raisons toutes puissantes sur mon cœur. Elleme témoigna combien elle auroit désiré que j’eusse fait le voyagede Genève, prévoyant qu’on ne manqueroit pas de la compromet-tre dans mon refus : ce que la lettre de Diderot sembloit annoncerd’avance. Cependant, comme elle savoit mes raisons aussi bienque moi-même, elle n’insista pas sur cet article; mais elle meconjura d’éviter tout éclat, à quelque prix que ce pût être, et depallier mon refus de raisons assez plausibles pour éloigner l’in-juste soupçon qu’elle pût y avoir part. Je lui dis qu’elle ne m’im-posoit pas une tâche aisée ; mais que, résolu d’expier mes tortsau prix même de ma réputation, je voulois donner la préférenceà la sienne, en tout ce que l’honneur me permettroit d’endurer.On connoîtra bientôt si j’ai su remplir cet engagement.

Je le puis jurer, loin que ma passion malheureuse eût rien perdude sa force, je n’aimai jamais ma Sophie aussi vivement, aussi ten-drement que je fis ce jour-là. Mais telle fut l’impression que firent