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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE X. (1758.) 479

trop tendre, qui, trompé par ceux qu’il avoit crus de sa trempe,étoit forcé de se retirer au-dedans de lui. Plein de tout ce qui ve-noit de m’arriver, encore ému de tant de ■violents mouvements,le mien mêloit le sentiment de ses peines aux idées que la médita-tion de mon sujet m’avoit fait naître ; mon travail se sentit de cemélange. Sansm’en apercevoir, j'ydécrivis ma situation actuelle ;j’y peignis Grimm, madame d’Epinay, madame d’Houdetot,Saint-Lambert, moi-même. En l’écrivant, que je versai de dé-licieuses larmes ! Hélas ! on y sent trop que l’amour, cet amourfatal dont je m’efforeois de guérir, n’étoit pas encore sorti de moncœur. A tout cela se mêloit un certain attendrissement sur moi-même,'qui me sentois mourant, et qui croyois faire au publicmes derniers adieux. Loin de craindre la mort, je la voyois ap-procher avec joie : mais j’avois regret de quitter mes semblablessans qu’ils sentissent tout ce queje valois, sans qu’ils sussentcom-bien j’aurois mérité d’être aimé d’eux s’ils m’avoient connu da-vantage. Voilà les secrètes causes du ton singulier qui règne danscet ouvrage, et qui tranche si prodigieusement avec celui du pré-cédent 1 .

Je retouchois et mettois au net cette lettre, et je medisposois àla faire imprimer, quand, après un long silence, j’en reçus une demadame d’Houdetot, qui me plongea dans une affliction nou-velle , la plus sensible que j’eusse encore éprouvée. Elle m’appre-noit dans cette lettre (liasse B, n° 34) que ma passion pour elle,étoit connue dans tout Paris ; que j’en avois parlé à des gens quil’a voient rendue publique ; que ces bruits, parvenus à son amant,avoient failli lui coûter la vie; qu’enfln il lui rendoit justice, etque leur paix étoit faite; mais qu’elle lui devoit, ainsi qu’à elle-même et au soin de sa réputation, de rompre avec moi tout com-merce : m’assurant, au reste, qu’ils ne cesseroient jamais l’un etl’autre de s’intéresser à moi, qu’ils me défendroient dans le public,et qu’elle enverroit de temps en temps savoir de mes nouvelles.

Et toi aussi, Diderot! m’écriai-je. Indigne ami!... Je ne puscependant me résoudre à le juger encore. Ma foiblesse étoit con-nue d’autres gens qui pouvoient l’avoir fait parler. Je voulus dou-ter... mais bientôt je ne le pus plus. Saint-Lambert fit peu aprèsun acte digne de sa générosité. ïljugeoit, connoissant assez moname, en quel état je devois être, trahi d’une partie de mes amis,et délaissé des autres. Il vint me voir. La première fois il avoit(*) Le Discours sur l'Inégalité des conditions.