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Tome premier.
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PARTIE II, LIVEE X. (1759.) 487

ser, dans les compliments qu’on leur fait, qui puisse même avoirla moindre apparence d’équivoque ("j.

(1759.) Devenu tranquille de tous les côtés, je profitai du loi-sir et de l’indépendance où je me trouvois pour reprendre mestravaux avecplusde suite. J’achevai cet hiver la Julie , et je l’en-voyai à Rey, qui la fit imprimer l’année suivante. Ce travail futcependant encore interrompu par une petite diversion, et mêmeassez désagréable. J’appris qu’on préparoit à l'Opéra une nouvelleremise du Devin du village. Outré de voir ces gens-là disposerarrogamment de mon bien, je repris le mémoire que j’avois en-voyé à M. d’Argenson, et qui étoit demeuré sans réponse ; etl’ayant retouché, je le fis remettre par M. Sellon, résident deGenève, avec une lettre, dont il voulut bien se charger, à M. lecomte de Saint-Florentin, qui avoit remplacé M. d’Argensondans le département de l’Opéra. M. de Saint-Florentin promitune réponse, et n’en fit aucune. Duclos, à qui j’écrivis ce quej’avois fait, en parla aux petits violons, qui offrirent de me ren-dre, non mon opéra, mais mes entrées, dont je ne pouvois plusprofiter. Voyant que je n’avois d’aucun côté aucune justice à es-pérer, j’abandonnai cette affaire; et la direction de l’Opéra, sansrépondre à mes raisons ni les écouter, a continué de disposercomme de son propre bien, et de faire son profit du Devin duvillage , qui très incontestablement n’appartient qu’à moi seul (').

Depuis que j’avois secoué le joug de mes tyrans, je menois unevie assez égale et paisible : privé du charme des attachementstrop vifs, j’étois libre aussi du poids de leurs chaînes. Dégoûtédes amis protecteurs, qui vouloient absolument disposer de madestinée et m’asservir à leurs prétendus bienfaits malgré moi,j’étois résolu de m’en tenir désormais aux liaisons de simple bien-

(*) Mannontel, dans ses Mémoires , ne fait mention ni de l’envoi que lui fit Rous-seau de son ouvrage, ni de l'espèce de compliment que celui-ci avoit cru lui faire. IIdit seulement (livre VI ) avoir inséré dans le Mercure une apologie du Théâtre,comme réfutation de La Lettre â d’Jlembert, et déclare, avecune assurance d'amour-propre assez risible en cette circonstance, que cette apologie « eut tout le succès que« peut avoir la vérité qui combat des sophismes, et la raison qui saisit corps à corps«et serre de près l'éloquence. Au resie, la haine que Marmontel conçut en effetcontre Rousseau, et qu’il ne déguise pas, ou plutôt qu’il déguise mal,dans sesMémoires, tient sans doute à une tout autre cause que celle que Rousseau assigne ici,et ne doit pas être cherchée ailleurs que dans le tour d’esprit et les habitudes de Mar-montel, homme du monde s’il en fut jamais, avide de gloire littéraire, et en con-traste parfait avec un solitaire dont les succès n etoient Jdus qu’à lui-même, et quil'écrasoit de son immense supériorité.

(*) Il lui appartient depuis lors, par un nouvel accord qu’elle a fait avec moi toutnouvellement.