PARTIE II, LIVRE X. ( 1769 .) 489
eu à s’en plaindre, avoit conservé jusqu’à la fin de sa vie la plusardente amitié (a) pour lui. M. Maltor, à qui M. de Yintimilleavoit donné cette retraite assez bonne, après la mort de son pa-tron, avoit été employé jadis dans beaucoup d’affaires, dont ilavoit, quoique vieux, la mémoire encore présente, et dont il rai-sonnoit très bien. Sa conversation, non moins instructive qu’amu-sante, ne sentoit pointson curé de village : il joignoit le ton d’unhomme du monde aux connoissances d’un homme de cabinet. J1étoit, de tous mes voisins permanents, celui dont la société m’é-toit la plus agréable, et que j’ai eu le plus de regret de quitter.
J'avois à Montmorency les oratoriens, et entre autres te P. Ber-thier, professeur de physique, auquel, malgré quelque léger ver-nis de pédanterie, je m’étois attaché par un certain air de bon-homie que je lui trouvois. J’avois cependant peine à conciliercette grande simplicité avec le désir et l’art qu’il avoit de se four-rer partout, chez les grands, chez les femmes, chez les dévots,chez les philosophes. Il savoit se faire tout à tous. Je me plaisoisfort avec lui. J’en parlois à tout le monde : apparemment ce quej’en disois lui revint. Il me remercioit un jour, en ricanant, de l’a-voir trouvé bon homme. Je trouvai dans son souris je ne sais quoide sardonique, qui changea totalement sa physionomie à mesyeux, et qui m’est souvent revenu depuis lors dans la mémoire.Je ne peux pas mieux comparer ce souris qu’à celui de Panurgeachetant les moutons de Dindenaut. Notre connoissance avoitcommencé peu de temps après mon arrivée, à l’Ermitage, où ilme venoit voir très souvent. J’étois déjà établi à Montmorency,quand il en partit pour retourner demeurer à Paris. Il y voyoitsouvent madame Le Vasseur. Un jour que je ne pensois à rienmoins, il m’écrivit de la part de cette femme, pour m’informerque M. Grimm offroit de se charger de son entretien, etpour me demander la permission d’accepter cette offre. J’apprisqu’elle consistoit en une pension de trois cents livres, et quemadame LeVasseur devoit venir demeurer à Deuil, entre la Che-vrette et Montmorency. Je ne dirai pas l’impression que fit surmoi cette nouvelle, qui auroit été moins surprenante si Grimmavoit eu dix mille livres de rentes, ou quelque relation plus facileà comprendre avec cette femme, et qu’on ne m’eût pas fait un sigrand crime de l’avoir amenée à la campagne, où cependant illui plaisoit maintenant de la ramener, comme si elle étoit rajeu-
(fi) Var. la plus tendre amitié ...