PARTIE II, tlVRE X. (1759.) 491
que le seul Duelos pour ami : car Deleyre étoit encore trop jeune ;et quoique après avoir vu de près les manœuvres de la cliquephilosophique à mon égard, il s’en fut tout-à-fait détaché, ou dumoins je le crus ainsi, je ne pou vois encore oublier la facilitéqu’il avoit eue à se faire auprès de moi le porte-voix de tous cesgens-là.
J’avois d’abord mon ancien et respectable ami M. Roguin. C’é-toit un ami du bon temps, que je ne devois point à mes écrits,mais à moi-même, et que pour cette raison j’ai toujours conservé.J’avois le bon Lenieps, mon compatriote, et sa fille alors vivante,madame Lambert. J’avois un jeune Genevois, appelé Coindet,bon garçon, cerne sembloit, soigneux, officieux, zélé; maisignorant, confiant, gourmand, avantageux, qui m’étoit venuvoir dès le commencement de ma demeure à l’Ermitage, et,sans autre introducteur que lui-même, s’étoit bientôt établi chezmoi, malgré moi. Il avoit quelque goût pour le dessin, et con-noissoit les artistes. Il me fut utile pour les estampes de la Julie;il se chargea de la direction des dessins et des planches, et s’ac-quitta bien de cette commission.
J’avois la maison de M. Dupin, qui, moins brillante que du-rant les beaux jours de madame Dupin, ne laissoit pas d’êtreencore, par le mérite des maîtres et par le choix du monde quis’y rassembloit, une des meilleures maisons de Paris. Comme jene leur avois préféré personne, que je ne les avois quittés quepour vivre libre, ils u’avoient point cessé de me voir avecamitié, etj’étois sûr d’être en tout tempsjûen reçu de madameDupin. Je la pou vois même compter pour une de mes voisines decampagne depuis qu’ils s’étoient fait un établissement à Clichy,où j’allois quelquefois passer un jour ou deux, et où j’aurois étédavantage si madame Dupin et madame de Chenonceaux avoientvécu de meilleure intelligence. Mais la difficulté de se partagerdans la même maison entre deux femmes qui ne sympathisoientpas, me rendoit Clichy trop gênant. Attaché à madame de Che-nonceaux d’une amitié plus égale et plus familière, j'avois leplaisir de la voir plus à mon aise à Deuil, presque à ma porte, oùelle avoitjloué une’petite maison, et même chez moi, où elle mevenoit voir assez souvent.
J’avois madame de Créqui, qui, s'étant jetée dans la haute dé-votion . avoit cessé de voir les d'AIembert, les Marmontel et laplupart des gens de lettres, excepté, je crois, l’abbé Trublet,