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Tome premier.
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PABTIE II, LIVBE X. ( 1759 .) 501

mis à recueillir les lettres et papiers qui pouvoient guider ouréveiller ma mémoire, regrettant fort tout ce que j’avois déchiré,brûlé, perdu jusqu’alors.

Ce projet de retraite absolue, un des plus sensés que j’eussejamais faits, étoit fortement empreint dans mon esprit, et déjà jetravaillois à son exécution, quand le ciel, qui me préparoit uneautre destinée, me jeta dans un nouveau tourbillon.

Montmorency, cet ancien et beau patrimoine de l’illustre mai*son de ce nom, ne lui appartient plus depuis la confiscation. Il apassé, par la sœur du duc Henri, dans la maison de Condé, qui achangé le nom de Montmorency en celui d’Enguien ; et ce duchén’a d’autre château qu’une vieille tour, où l’on tient les archiveset où l’on reçoit les hommages des vassaux. Mais on voit à Mont-morency ou Enguien une maison particulière, bâtie par Croisât,dit le pauvre, laquelle, ayant la magnificence des plus superbeschâteaux, en mérite et en porte le nom. L’aspect imposant de cebel édifice, la terrasse sur laquelle il est bâti, sa vue unique peut-être au monde, son vaste salon peint d’une excellente main, sonjardin planté par le célèbre Le Nostre ; tout cela forme un toutdont la majesté frappante a pourtant je ne sais quoi de simple,qui soutient et nourrit l’admiration ('). M. le maréchal duc deLuxembourg, qui occupoit alors cette maison, venoit tous les ansdans ce pays, où jadis ses pères étoient les maîtres, passer en deuxfois cinq ou six semaines, comme simple habitant, mais avec unéclat qui ne dégénéroit point de l’ancienne splendeur de sa mai-son. Au premier voyage qu’il y fit depuis mon établissement àMontmorency, monsieur et madame la maréchale envoyèrent unvalet de chambre me faire compliment de leur part, et m’inviterà souper chez eux toutes les fois que cela me feroit plaisir. Achaque fois qu’ils revinrent, ils ne manquèrent point de réitérerle même compliment et la même invitation. Cela me rappeloit ma-dame de Beuzenval m’envoyant dîner à l’office. Les temps étoientchangés; maisj’étois demeuré le même. Je ne voulois point qu’onm’envoyât dîner à l’office, et je me souciois peu de la table desgrands. J’aurois mieux aimé qu’ils me laissassent pour ce quej’étois, sans me fêter et sans m’avilir. Je répondis honnêtement etrespectueusement aux politesses de monsieur et madame deLuxembourg, mais je n’acceptai point leurs offres; et, tant mes

(*) Cetédifice, achevé en 1816 par une compagnie de spéculateurs, a été entière-ment démoli, et les bois du parc ont été abattus.