514 LES CONFESSIONS.
Il se présentoit de ma part chez toutes mes connoissances, s’yétablissoit, y mangeoit sans façon. Transporté de zèle pour monservice, il ne parloit jamais de moi que les larmes aux yeux :«sais quand il me venoit voir, il gardoit le plus profond silencesur toutes ces liaisons, et sur tout ce qu’il savoit devoir m’inté-■resser. Au lieu de me dire ce qu’ii avoit appris, ou dit, ou ver,qui m’intéressoit, il m’écoutoit, m’interrogeoit même. Il ne savoitjamais rien de Paris que ce que je lui en apprenois : enfin, quoi-que tout le monde me parlât de lui, jamais il ne me parloit de per-sonne : il n’étoit secret et mystérieux qu’avec son ami. Maislaissons quant à présent Coindet et madame de Verdelin ; nousy reviendrons dans la suite.
Quelque temps après mon retour à Mont-Louis, La Tour, lepeintre, vint m’y voir, et m’apporta mon portrait en pastel, qu’ilavoit exposé au Salon, il y avoit quelques années. Il avoit voulume donner ce portrait, que je n’avois pas accepté. Mais madamed'Épinay, qui m’avoit donné ie sien et qui vouloit avoir celui-là,m’avoit engagé à le lui redemander. Il avoit pris du temps pourie retoucher. Dans cet intervalle, vint ma rupture avec madamed’Épinay; je lui rendis son portrait; et n’étant plus question delui donner le mien, je le mis dans ma chambre au petit château.M. de Luxembourg l’y vit, et le trouva bien ; je le lui offris, ill’accepta ; je le lui envoyai. Ils comprirent, lui et madame la ma-réchale, que je serois bien aise d’avoir les leurs. Ils les firentfaire en miniature, de très bonne main, les firent enchâsser dansune boîte à bonbons, de cristal de roche, montée en or, et m’enfirent le cadeau d’une façon très galante, dont je fus enchanté.Madame de Luxembourg ne voulut jamais consentir que son por-trait occupât le dessus de la boite. Elle m'avoit reproché plusieursfois que j’aimois mieux M. de Luxembourg qu’elle; et je nem’en étois point défendu, pareeque cela étoit vrai. Elle me témoi-gna bien galamment, mais bien clairement, par cette façon deplacer son portrait, qu’elle n’oublioit pas cette préférence.
Je fis, à peu près dans ce même temps, une sottise qui ne con-tribua pas à me conserver ses bonnes grâces. Quoique je ne con-nusse point du tout M. de Silhouette, et que je fusse peu porté àl’aimer, j’avois une grande opinion de son administration. Lors-qu’il commença d’appesantir sa main sur les financiers, je visqu’il n’entamoit pas son opération dans un temps favorable; jealen fis pas des vœux moins ardents pour son succès ; et quand