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Tome premier.
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PABTIE II, LIVKB XI. ( 1761 .) 539

te marquis de Villeroy, fait pour le devenir, et qui l’est aujour-d’hui , jouit avec une cruelle joie de l'embarras où il m’avoit mis,et de l’effet qu’avoit produit cet embarras. On m’assura le lende-main que sa tante l’avoit très vivement tancé là-dessus ; et l’onpeut juger si cette réprimande, en la supposant réelle, a dû beau-coup raccommoder mes affaires auprès de lui.

Je n’avois pour appui contre tout cela, tant à l’hôtel de Luxem-bourg qu’au Temple, que le seul chevalier de Lorenzy, qui fit pro-fession d’être mon ami ; mais il l’étoit encore plus de d’Alembert, àl’ombre duquel il passoit chez les femmes pour un grand géomètre.Il étoit d’ailleurs le sigisbée, ou plutôt le complaisant de madamela comtesse de Boufflers, très amie elle-même de d’Alembert; et lecbevalier de Lorenzy n’avoit d’existence et ne pensoit que parelle. Ainsi, loin que j’eusse au-dehors quelque contre-poids à monineptie, pour me soutenir auprès de madame de Luxembourg,tout ce qui l’approchoit Sembloit concourir à me nuire dans sonesprit. Cependant, outre Y Émile, dont elle avoit voulu se char-ger, elle me donna dans le même temps une autre marque d’inté-rêt et de bienveillance, qui me fit croire que, même en s’ennuyantde moi, elle me conservoit et me conserveroit toujours l’amitiéqu’elle m’avoit tant de fois promise pour toute la vie.

Sitôt que j’avois cru pouvoir compter sur ce sentiment de sapart, j’avois commencé par soulager mon cœur auprès d’elle del’aveu de toutes mes fautes; ayant pour maxime inviolable, avecmes amis, de me montrer à leurs yeux exactement tel que je suis,ni meilleur, ni pire. Je lui avois déclaré mes liaisons avec Thé-rèse, et tout ce qui en avoit résulté, sans omettre de quelle façonj’avois disposé de mes enfants. Elle avoit reçu mes confessionstrès bien, trop bien même, en m’épargnant les censures que jeméritois; et ce qui m’émut surtout vivement fut de voir les bon-tés qu’elle prodiguoit à Thérèse, lui faisant de petits cadeaux,l’envoyant chercher, l’exhortant à l’aller voir, la recevant aveccent caresses, et l’embrassant très souvent devant tout le monde.Cette pauvre fille étoit dans des transports de joie et de recon-noissance qu’assurément je partageois bien ; les amitiés dont mon-sieur et madame de Luxembourg me combloient en elle me tou-chant bien plus vivement encore que celles qu’ils me faisoientdirectement.

Pendant assez long-temps les choses en restèrent là : mais en-fin madame la maréchale poussa la bonté jusqu’à vouloir retirer