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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRÎ XI. (1761.) 541

seulement quand d’autres événements ont rendu cette réflexionnaturelle.

Après avoir demeuré long-temps sans entendre parler de \'É-mile, depuis que je l'avois remis à madame de Luxembourg, j’ap-pris enfin que le marché en étoit conclu à Paris avec le libraireDuchesne, et par celui-ci avec le libraire Néaulme d’Amsterdam.Madame de Luxembourg m’envoya les deux doubles de mon traitéavec Duchesne pour les signer. Je reconnus l’écriture pour êtrede la même main dont étoient celles des lettresde M. de Malesher-bes qu’il ne m’écrivoit pas de sa propre main. Cette certitude quemon traité se faisoit de l’aveu et sous les yeux du magistrat mele fit signer avec confiance. Duchesne me donnoit de ce manuscritsix mille francs , la moitié comptant, et, je crois, cent ou deuxcents exemplaires. Après avoir signé les deux doubles, je les ren-voyai tous deux à madame de Luxembourg, qui l’avoit ainsi dé-siré : elle en donna un à Duchesne, elle garda l’autre, au lieu deme le renvoyer, et je ne l'ai jamais revu.

La connoissance de monsieur et madame de Luxembourg, enfaisant quelque diversion à mon projet de retraite, ne m’y avoitpas fait renoncer. Même au temps de ma plus grande faveur auprèsde madame la maréchale, j’avois toujours senti qu’il n’y avoit quemon sincère attachement pour monsieur le maréchal et pour eilequi pût me rendre leurs entours supportables; et tout mon em-barras étoit de concilier ce même attachement avec un genre devie plus conforme à mon goût et moins contraire à ma santé, quecette gêne et ces soupers tenoient dans une altération continuelle,malgré tous les soins qu’on apportoit à ne pas m’exposer à la dé-ranger : car sur ce point, comme sur tout autre, les attentionsfurent poussées aussi loin qu’il éioit possible ; et, par exemple ,tous les soirs après souper, monsieur le maréchal, qui s’alloit cou-cher de bonne heure, ne manquoit jamais de m’emmener bon grémal gré pour m’aller coucher aussi. Ce ne fut que quelquetemps avant ma catastrophe qu’il cessa, je ne sais pourquoi, d’a-voir cette attention.

Avant même d’apercevoir le refroidissement de madame lamaréchale, je desirois, pour ne m’y pas exposer, d’exécuter monancien projet; mais les moyens me manquant pour cela, je fusobligé d’attendre la conclusion du traité de V Émile, et en atten-dant je mis la dernière main au Contrat social, et l’envoyai àRey, fixant le prix de ce manuscrit à mille francs, qu’il me donna.