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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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possession de mon logement, et je mangeai chez elle en attendantque Thérèse fût venue, et que mon petit ménage fût établi.

Depuis mon départ de Montmorency, sentant bien que je seroisdésormais fugitif sur la terre, j’hésitois à permettre qu’elle vîntme joindre, et partager la vie errante à laquelle je me voyoiscondamné. Je sentais que par cette catastrophe nos relations al-loient changer, et que ce qui jusqu’alors avoit été faveur et bien-fait de ma part le seroit désormais de la sienne. Si son attache-ment restait à l’épreuve de mes malheurs, elle en seroit déchirée,et sa douleur ajouteroit à mes maux. Si ma disgrâce attiédissoitson cœur, elle me feroit valoir sa constance comme un sacrifice;et, au lieu de sentir le plaisir que j’avois à partager avec elle mondernier morceau de pain, elle ne sentiroit que le mérite qu’elleauroit de vouloir bien me suivre partout où le sort me forçoitd’aller.

il faut tout dire : je n’ai dissimulé ni les vices de ma pauvre ma-man, ni les miens ; je ne dois pas faire plus de grâce à Thérèse ;et, quelque plaisir que je prenne à rendre honneur à une personuequi m’est si chère, je ne veux pas non plus déguiser ses torts, sitant est même qu’un changement involontaire dans les affectionsdu cœur soit un vrai tort. Depuis loDg-temps je m’apercevois del’attiédissement du sien. Je sentois qu’elle n’étoit plus pour moi cequ’elle fut dans nos belles années, et je le sentois d’autant mieuxque j’étois le même pour elle toujours. Je retombai dans le mêmeinconvénient dont j’avois senti l’effet auprès de maman, et ceteffet fut le même auprès de Thérèse. N’allons pas chercher desperfections hors de la nature ; il seroit le même auprès de quel-que femme que ce fut. Le parti que j’avois pris à l’égard de mesenfants, quelque bien raisonné qu’il m’eût paru, ne m’avoit pastoujours laissé le cœur tranquille. En méditant mon Traité del’éducation , je sentis que j’avois négligé des devoirs dont rien nepouvoit me dispenser. Le remords enfin devint si vif, qu'il m’ar-racha presque l’aveu public de ma faute au commencement deY Émile; et le trait même est si clair, qu’après un tel passage il estsurprenant qu’on ait eu le courage de me la reprocher (*). Ma si-

(■) Voici ce passage : « Un père, quand il engendre et nourrit des entants, ne fait«n cela que le tiers de sa tâche... Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n'apoint droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain qui ledispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même. Lecteur.*, vous pouvezm’en croire, je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs,