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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE SU. (1764.) 593

lui eusse dit que la vérité (*). Voilà comment j’eus l’assuranceque mon manuscrit étoit connu. Sûr de la fidélité de Rey, je fusforcé de porter ailleurs mes conjectures ; et celle à laquelle (j’ai-mai le mieux m’arrêter fut que mes paquets avoient été ouvertsà la poste.

Une autre connoissance à peu près du même temps, mais queje fis d’abord seulement par lettres, fut celle d’un M. Laliaud, deINlmes, lequel m’écrivit de Paris, pour me prier de lui envoyermon profil à la silhouette, dont il avoit, disoit-il, besoin pourmon buste en marbre, qu’il faisoit faire par Le Moine, pour leplacer dans sa bibliothèque. Si c’étoit une cajolerie inventée pourm’apprivoiser, elle réussit pleinement. Je jugeai qu’un hommequi vouloit avoir mon buste en marbre dans sa bibliothèque étoitplein de mes ouvrages, par conséquent de mes principes, et qu’ilm’aimoit, parceque son ame étoit au ton de la mienne. Il étoitdifficile que cette idée ne me séduisît pas. J’ai vu M. Laliauddans la suite. Je l’ai trouvé très zélé pour me rendre beaucoupde petits services, pour s’entremêler beaucoup dans mes petitesaffaires. Mais, au reste , je doute qu’aucun de mes écrits ait étédu petit nombre des livres qu'il a lus en sa vie. J’ignore s’il aune bibliothèque, et si c’est un meuble à son usage; et quant aubuste, il s’est borné à une mauvaise esquisse en terre, faite par

(‘) François-Louis, comte ù'Escherny, mort il y a peu de temps (en 1813), a publiéplusieurs ouvrages de morale et de philosophie, notamment des Mélanges de litté-rature, d'histoire, de morale cl de 'philosophie (Paris, I8H, 3 vol. in* 12). Admi-rateur passionné de Rouss-au, il doubla en {790 le prix de 600 francs qui, au juge-ment de l’Académie françoise, devoit être donné au meilleur éloge de cet écrivain,et concourut lui-même pour ce prix, qui ne fut pas décerné. Le troisième volume durecueil dont nous venons de parler contient, outre l'éloge composé par le comted’Escherny à cette occasion, et qui vient d'être réimprimé dans le premier volumede l'édition in-12 donnée par madame Perronneau, un récit assez étendu où il tracel’historique de ses liaisons avec Rousseau, liaisons qui ont commencé à l'époque oùcedernier est venu se fixer à Motiers.et qui se sout prolongées presque jusqu'àla fin desa vie en 1778. Il paroît en effet avoir été admis dans son intime familiarité; et pendanttout le temps que Rousseau a habité Motiers, il déclare avoir fait avec lui nombre devoyages et courses pédestre*, dont il évalue l’ensemble à un millier de lieues. Sonrécit d’ailleurs offre sur notre auteur un assez grand nombre d'anecdotes et de docu.ments plus ou moins intéressants et curieux, dont nous ferons bientôt quelque usagene pouvant en cela qu’accorder confiance au témoignage d’un homme qui se montrenou seulement admirateur, mais ami sincère de Rousseau, et qui, comme il le ditlui-même, a eu le précieux avantage de ne s’être jamais brouillé arec celai qui sebrouilloit avec tout le monde. Au surplus, le passage des Confessions auquel la pré-sente note se rapporte est le seul où Rousseau fasse mention du comte d’Escherny,qui lui-même, dans son récit, ne parle aucunement du livre de l'Homme de la mon-tagne, ni de la querelle que Rousseau nous dit s’être élevée entre eux sur ce sujet, etqui sans doute ne fut que passagère.