PARTIE U, LIVRE XII. ( 1765 .) 605
Il 11 e pouvoitpas m’interdire la communion de sa seule autorité :il falloit celle du consistoire qui m’avoit admis ; et tant que leconsistoire n’avoit rien dit, je pouvois me présenter hardiment,sans crainte de refus. Montmollin se fit donner par la classe lacommission de me citer au consistoire pour y rendre compte dema foi, et de m’excommunier en cas de refus. Cette excommuni-cation ne pouvoit non plus se faire que par le consistoire, et à lapluralité des voix. Mais les paysans qui, sous le nom d’anciens,composoient cette assemblée, présidés et, comme on comprendbien, gouvernés par leur ministre, ne dévoient pas naturellementêtre d’un autre avis que le sien, principalement sur des matièresthéologiques, qu’ils entendoient encore moins que lui. Je fus donccité, et je résolus de comparoitre.
Quelle circonstance heureuse, et quel triomphe pour moi, sij’a-Y0i§ §11 parler , et que j’eusse eu, pour ainsi dire, ma plume dansma bouche ! Avec quelle supériorité, avec quelle facilité j’auroisterrassé ce pauvre ministre au milieu de ses six paysans ! L’avi-dité de dominer ayant fait oublier au clergé protestant tous lesprincipes de la réformation, je n’avois, pour l’y rappeler et le ré-duire au silence, qu’à commenter mes premières Lettres de lamontagne, sur lesquelles ils avoient la bêtise de m’épiloguer. Montexte étoit tout fait, je n’avois qu’à l’étendre, et mon homme étoitconfondu. Je n’aurois pas été assez sot pour me tenir sur la dé-fensive ; il m’étoit aisé de devenir agresseur sans même qu’il s’enaperçût, ou qu’il put s’en garantir. Les prestolets de la classe,non moins étourdis qu’ignorants, m’avoient mis eux-mêmes dansla position la plus heureuse que j’aurois pu desirer, pour les écra-ser à plaisir. Mais quoi ! il falloit parler, et parler sur-le-champ,trouver les idées, les tours, les mots au moment du besoin, avoirtoujours l’esprit présent, être toujours de sang-froid, ne jamaisme troubler un moment. Que pouvois-je espérer de moi, qui sen-tois si bien mon inaptitude à m’exprimer impromptu? J’avois étéréduit au silence le plus humiliant à Genève, devant une assem-blée toute en ma faveur, et déjà résolue de tout approuver. Ici,c’étoit tout le contraire : j’avois affaire à un tracassier, qui mettoitl’astuce à la place du savoir, qui me tendroit cent pièges avantque j'en aperçusse un, et tout déterminé à me prendre eu faute àquelque prix que ce fût. Plus j’examinai cette position, plus elleme parut périlleuse ; et, sentant l’impossibilité de m’en tirer avecsuccès, j'imaginai un autre expédient. Je méditai un discours à