SECONDE PROMENADE.
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soit sur moi l’ensemble de tout cela. Depuis quelques jours onavoit achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s’étoient déjàretirés; les paysans aussi quittaient les champs jusqu’aux tra-vaux d’hiver. La campagne, encore verte et riante, mais défeuil-lée en partie, et déjà presque déserte, offroit partout l’image de lasolitude et des approches de l’hiver. Il résultait de son aspect unmélange d’impression douce et triste, trop analogue à mon âge et àmon sort pour que je ne m’en fisse pas l’application. Je me voyoisau déclin d'une vie innocente et infortunée, l’ame encore pleinede sentiments vivaces, et l’esprit encore orné de quelques fleurs ,mais déjà flétries par la tristesse et desséchées par les ennuis.Seul et délaissé, je sentais venir le froid des premières glaces , etmon imagination tarissante ne peuploit plus ma solitude d’êtresformés selon mon cœur. Je me disois en soupirant : Qu’ai-je faitici-bas ? J’étais fait pour vivre , et je meurs sans avoir vécu. Aumoins ce n’a pas été ma faute, et je porterai à l’auteur de monêtre, sinon l’offrande des bonnes œuvres qu’on ne m’a pas la’sséfaire, du moins un tribut de bonnes intentions frustrées, de sen-timents sains, mais rendus sans effet, et d’une patience à l’é-preuve des mépris des hommes. Je m’attendrissois sur ces ré-flexions; je récapitulois les mouvements de mon ame dès majeunesse, et pendant mon âge mûr, et depuis qu’on m’a séquestréde la société des hommes, et durant la longue retraite dans la-quelle je dois achever mes jours. Je revenois avec complaisancesur toutes les affections de mon cœur, sur ses attachements sitendres, mais si aveugles, sur les idées moins tristes que conso-lantes dont mon esprit s’étoit nourri depuis quelques années, etje me préparois à les rappeler assez pour les décrire avec un plai-sir presque égal à celui que j’avois pris à m’y livrer. Mon après-midi se passa dans ces paisibles méditations, et je m’en revenoistrès content de ma journée, quand au fort de ma rêverie j’en fustiré par l’événement qui me reste à raconter.
J’étais, sur les six heures, à la descente de Ménilmontant,presque vis-à-vis du Galant Jardinier, quand,des personnes quimarchoient devant moi s’élaut tout-à-coup brusquement écartées,je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s’élançant à tou-tes jambes devant un carrosse, n’eut pas même le temps de rete-nir sa course ou de se détourner quand il m’aperçut. Je jugeaique le seul moyen que j’avois d’éviter d’être jeté par terre étoitde faire un grand saut, si juste que le chien passât sous moi tan-