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Tome quatrième.
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l’avoit enveloppé ; s’élever au-dessus de lui-même ; s’élancer parl’esprit jusque dans les régions célestes ; parcourir à pas de géant,ainsi que le soleil, la vaste étendue de l’univers ; et, ce qui estencore plus grand et plus difficile, rentrer en soi pour y étudierl'homme et connoître sa nature, ses devoirs et sa fin. Toutes cesmerveilles se sont renouvelées depuis peu de générations.

L’Europe étoit retombée dans la barbarie des premiers âges.Les peuples de cette partie du monde aujourd’hui si éclairé vi-voient, il y a quelques siècles, dans un état pire que l’ignorance,.le neisais quel jargon scientifique, encore plus méprisable quel’ignorance, avoit usurpé le nom du savoir, et opposoit à son re-tour un obstacle presque invincible. Il falloit une révolution pourramener les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’oùon l’auroit le moins attendue. Ce fut le stupide musulman, ce futl’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chutedu trône de Constantin porta dans l’Italie les débris de l’ancienneGrèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouil-les. Bientôt les sciences suivirent les lettres : à l’art d’écrire sejoignit l’art de penser ; gradation qui paroît étrange, et qui n’estpeut-être que trop naturelle : et l’on commença à sentir le princi-pal avantage du commerce des muses, celui de rendre les hommesplus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns auxautres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle.

L’esprit a ses besoins, ainsi que le corps. Ceux-ci sont lesfondements de la société, les autres en font l’agrément. Tandisque le gouvernement et les lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les sciences, les lettres et les arts,moins despotiques et plus puissants peut-être, étendent des guir-landes de fleurs sur les chaînes de fer dont ils sont chargés, étouf-fent en eux le sentiment de cette liberté originelle pour laquelle ilssembloient être nés, leur font aimer leur esclavage, et en formentce qu’on appelle des peuples policés. Le besoin éleva les trônes;les sciences et les arts les ont affermis. Puissances de la terre,aimez les talents, et protégez ceux qui les cultivent ('). Peuples

(') Les princes voient toujours avec plaisir le goût îles arts agréables et des superHui-tes, dont l’exportation de l'argent ne résulte pas, s’étendre parmi leurs sujets : car, ou-tre ([u’ils les nourrissent ainsi dans cette petitesse d’ame si propre à la servitude, ilssavent très bien que tous les besoins que le peuple se donne sont autant de chaînesdont il se charge. Alexandre voulant maintenir les Itchtyophages dans sa dépendance,les contraignit derenoncer à la pêche, et de se nourrir des aliments communts- aux au-tres peuples; elles sauvages de l’Amérique, qui vont tout nus, et qui ne vivent que du