-(92 GOUVERNEMENT DE POLOGNE.
comme ces palatins occupent les postes les plus éminents de la ré-publique, et qu’ils les occupent à vie, afin que leur émulation nes’endorme pas dans les places où ils ne voient plus que le trôneau-dessus d’eux, l’accès leur en sera ouvert, mais de manière àn’y pouvoir arriver encore que par la voix publique et à force devertu.
Remarquons, avant que d’aller plus loin, que la carrière que jedonne à parcourir aux citoyens pour arriver graduellement à latète de la république, paroît assez bien proportionnée aux mesuresde la vie humaine pour que ceux qui tiennent les rêoes du gou-vernement, ayant passé la fougue de la jeunesse, puissent néan-moins être encore dans la vigueur de l’âge, et qu’après quinze ouvingt ans d’épreuve continuellement sous les yeux du public, illeur reste encore un assez grand nombre d’années à faire jouir lapairie de leurs talents, de leur expérience et de leurs vertus, et àjouir eux-mêmes dans les premières places de l’état du respect etdes honneurs qu’ils auront si bien mérités. En supposant qu’unhomme commence à vingt ans d’entrer dans les affaires, il estpossible qu’à trente-cinq il soit déjà palatin; mais comme il estbien difficile et qu’il n’est pas même à propos que cette marchegraduelle se fasse si rapidement, on n’arrivera guère à ce posteéminent avant la quarantaine ; et c’est l’âge, à mon avis, le plusconvenable pour réunir toutes les qualités qu’on doit rechercherdans un homme d’état. Ajoutons ici que cette marche paroit ap-propriée, autant qu’il est possible, aux besoins du gouvernement.Dans le calcul des probabilités, j’estime qu’on aura tous les deuxans au moins cinquante nouveaux citoyens élus et vingt gardiensdes lois; nombres plus que suffisants pour recruter les deux par-ties du sénat auxquelles mènent respectivement ces deux grades.Car on voit aisément que quoique le premier rang du sénat soit leplus nombreux, étant à vie, il aura moins souvent des places àremplir que le second, qui, dans mon projet, se renouvelle à cha-que diète ordinaire.
On a déjà vu, et l’on verra bientôt encore, que je ne laisse pasoisifs les élus surnuméraires en attendant qu’ils entrent au sénatcomme députés : pour ne pas laisser oisifs non plus les gardiensdes lois, en attendant qu’ils y rentrent comme palatins ou castel -lans, c’est de leur corps que je formerois le collège des adminis-trateurs de l’éducation dont j’ai parlé ci-devant. On pourroit don-ner pour président à ce collège le primat ou un autre évêque, en