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Tome quatrième.
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LETTRES A M. BUTTAFDOCO. 511

taine vigueur de génie qui, même quand on l’a, n’est pas à l’é-preuve des années et des chagrins ; il me manque la santé, letemps; il me manque, accablé d’une maladie incurable et cruelle,l’espoir de voir la fin d’un long travail, que la seule attente dusuccès peut donner le courage de suivre; il me manque enfinl’expérience dans les affaires, qui seule éclaire plus sur l’art deconduire les hommes que toutes les méditations.

Si je me portois passablement, je me dirois : J’irai en Corse;six mois passés sur les lieux m’instruiront plus que cent volumes.Mais comment entreprendre un voyage aussi pénible, aussi long,dans l’état où je suis? le soutiendrai-je? me laisseroit-on passer?Mille obstacles m’arrêteroient en allant, l’air de la mer achèveroitde me détruire avant le retour. Je vous avoue que je desire mourirparmi les miens.

Vous pouvez être pressé : un travail de cette importance nepeut être qu’une affaire de très longue haleine, même pour unhomme qui se porteroit bien. Avant de soumettre mon ouvrageà l’examen de la nation et de ses chefs, je veux commencer paren être content moi-même : je neveux rien donner par morceaux;l’ouvrage doit être un; l’on n’en sauroit juger séparément. Cen’est déjà pas peu de chose que de me mettre en état de commen-cer ; pour achever, cela va loin.

Il se présente aussi des réflexions sur l’état précaire où se trouveencore votre île. Je sais que, sous un chef tel qu’ils l’ont aujour-d’hui , les Corses n’ont rien à craindre de Gênes : je crois qu’ilsn’ont rien à craindre non plus des troupes qu’on dit que la Francey envoie ; et ce qui me confirme dans ce sentiment est de voirun aussi bon patriote que vous me paroissez l’être rester, malgrél’envoi de ces troupes, au service de la puissance qui les donne.Mais, monsieur, l’indépendance de votre pays n’est point assuréetant qu’aucune puissance ne la reconnoît ; et vous m’avouerezqu’il n’est pas encourageant pour un aussi grand travail de l’en-treprendre sans savoir s’il peut avoir son usage, même en le sup-posant bon.

Ce n’est point pour me refuser à vos invitations, monsieur, queje vous fais ces objections, mais pour les soumettre à votre exa-men et à celui de M. Paoli. Je vous crois trop gens de bien l’unet l’autre pour vouloir que mon affection pour votre patrie mefasse consumer le peu de temps qui me reste à des soins qui neseroient bons à rien.