516 LETTRES A M. BUTTAFUOCO.
saires, les uns connus, les autres secrets. Dans le fort de la fer-mentation à laquelle mon dernier écrit servit de prétexte, arriveici M. de R.... : il vient me voir de la part de M. Paoli sans m’ap-porter aucune lettre ni de la sienne, ni de la vôtre, ni de per-sonne : il refuse de se nommer ; il venoit de Genève, il avoit vu mesplus ardents ennemis, on me l’écrivoit. Son long séjour en ce payssans y avoir aucune affaire avoit l’air du monde le plus mysté-rieux. Ce séjour fut précisément le temps où l’orage fut excitécontre moi. Ajoutez qu’il avoit fait tous ses efforts pour savoirquelles relations je pouvois avoir en Corse. Comme il ne vousavoit point nommé, je ne voulus point vous nommer non plus.Enfin il m’apporte la lettre de M. Paoli dont je ne connoissoispoint l’écriture. Jugez si tout cela devoit m’être suspect. Qu’avois-je à faire en pareil cas? lui remettre une réponse dont à tout évé-nement on ne pût tirer d’éclaircissement; c’est ce que je fis.
Je voudrois à présent vous parler de nos affaires et de nos pro-jets; mais ce n’en est guère le moment Accablé de soins, d’em-barras, forcé d’aller me chercher une autre habitation à cinq ousix lieues d’ici, les seuls soucis d’un déménagement très incom-mode m’absorberoient quand je n’en aurois point d’autres ; et cesont les moindres des miens. A vue de pays, quand ma tête se re-mettroit, ce que je regarde comme impossible de plus d’un and’ici, il ne seroit pas en moi de m’occuper d’autre chose que demoi-même. Ce que je vous promets, et sur quoi vous pouvezcompter dès à présent, est que, pour le reste de ma vie, je neserai plus occupé que de moi ou de la Corse ; toute autre affaireest entièrement bannie de mon esprit. En attendant, ne négligezpas de rassembler des matériaux, soit pour l’histoire, soit pourl’institution; ils sont les mêmes. Votre gouvernement me paroîtêtre sur un pied à pouvoir attendro. J’ai parmi vos papiers un mé-moire daté de Vescovado, 1764, que je présume être de votre fa-çon, et que je trouve excellent. L’ame et la tête du vertueux Paoliferont plus que tout le reste. Avec tout cela pouvez-vous man-quer d’un bon gouvernement provisionnel? aussi bien, tant quedes puissances étrangères se mêleront de vous, ne pourrez-vousguère établir autre chose.
Je voudrois bien, monsieur, que nous pussions nous voir : deuxou trois jours de conférence éclairciroient bien des choses. Je nepuis guère être assez tranquille cette année pour vous rien pro-poser; mais vous seroit-il possible, l’année prochaine, de vous