ANNÉE 1765.
AU CONSISTOIRE DE MOTIEHS.
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Motiers, le 29 mars 1763.
Messieurs,
Sur votre citation j'avois hier résolu, malgré mon état,deeom-paroitre aujourd’hui par-devant vous ; mais sentant qu’il me se-roit impossible, malgré toute ma bonne volonté, de soutenir unelongue séance, et sur la matière de foi qui fait Tunique objet decette citation, réfléchissant que je pouvois également m’expli-quer par écrit, je n’ai point douté, messieurs, que la douceur dela charité ne s’alliât en vous au zèle de la foi, et que vous n’agréas-siez dans cette lettre la même réponse que j’aurois pu faire debouche aux questions de M. de Montmollin, quelles qu’ellessoient.
Il me paroît donc qu’à moins que la rigueur dont la vénérableclasse juge à propos d’user contre moi ne soit fondée sur une loipositive, qu’on m’assure ne pas exister dans cet état, rien n’estplus nouveau, plus irrégulier, plus attentatoire à laliberté civile,et surtout plus contraire à l’esprit de la religion, qu’une pareilleprocédure en pure matière de foi.
Car, messieurs, je vous supplie de considérer que, vivant de-puis long-temps dans le sein de l’Église, et n’étant ni pasteur, niprofesseur, ni chargé d’aucune partie de l’instruction publique, jene dois être soumis, moi particulier, moi simple fidèle, à aucuneinterrogation ni inquisition sur la foi ; de telles inquisitions inouïesdans ce pays, sapant tous les fondements de la réformation, etblessant à la fois la liberté évangélique, la charité chrétienne,l’autorité du prince et les droits des sujets, soit comme membresde l’Eglise, soit comme citoyens de l’état. Je dois toujours comptede mes actions et de ma conduite aux lois et aux hommes ; maispuisqu’on n’admet point parmi nous d’Egliseinfaillible qui ait droitde prescrire à ses membres ce qu’ils doivent croire, donc, unefois reçu dans l’Église, je ne dois plus qu'à Dieu seul compte dema foi.
J’ajoute à cela que lorsque après la publication de VÉmile jefus admis à la communion dans cette paroisse, il y a près de troisans, par M. de Montmollin, je lui fis par écrit une déclarationdont il fut si pleinement satisfait, que non seulement il n’exigeanulle autre explication sur le dogme, mais qu’il me promit mêmede n’en point exiger. Je me tiens exactement à sa promesse, et