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Tome huitième.
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ANNÉE 1765. 53

ment je suis désormais dans ce cas avec celui-ci ; il sait que leconseii-d’état m’a exempté de la juridiction de son consistoire :par quelle étrange maxime veut-il que je m’aille refourrer toutexprès sous la juridiction d’un autre consistoire dont le conseil-d’état ne m’a point exempté; et sous celle d’un autre ministre quime tracassera plus poliment sans doute, mais qui me tracasseratoujours, voudra poliment savoir comme je pense, et que poli-ment j’enverrai promener ? Si j’avois une habitation à choisir dansce pays, ce seroit celle-ci, précisément par la raison qu’on veutque j’en sorte. J’en sortirai donc, puisqu’il le faut ; mais ce ne serasûrement pas pour aller à Couvet.

Quant à la lettre que vous jugez à propos que j’écrive pour pro-mettre le silence pendant mon séjour en Suisse, j’y consens ; jedésirerais seulement que vous me fissiez l’amitié de m’envoyerle modèle de cette lettre, que je transcrirai exactement, et de memarquer à qui je dois l’adresser. Garottez-moi si bien, que je nepuisse plus remuer ni pied ni patte ; voilà mon cœur et mes mainsdans les liens de l’amitié. Je suis très déterminé à vivre en repos,si je puis, et à ne plus rien écrire, quoi qu’il arrive, si ce n’estce que vous savez, et pour la Corse, s’il le faut absolument, etque je vive assez pour cela. Ce qui me fâche, encore un coup,c’est d’aller offrant cette promesse de porte en porte, jusqu’à cequ’il se trouve quelqu’un qui la daigne agréer : je ne sache rienau monde de plus humiliant ; c’est donner à mon silence une im-portance que personne n’y voit que moi seul.

Pardonnez, monsieur, l’humeur qui me ronge ; j’ai onze lettressur la table, la plupart très désagréables, et qui veulent toutesla plus prompte réponse. Mon sang est calciné, la fièvre me con-sume, je ne pisse plus du tout; et jamais rien ne m’a tant coûtéde ma vie que cette promesse authentique qu’il faut que je fassed’une chose que je suis bien déterminé à tenir, que je la prometteou non. Mais, tout en grognant fort maussadement, j’ai le cœurplein des sentiments les plus tendres pour ceux qui s’intéressentsi généreusement à mon repos, et qui me donnent les meilleursconseils pour l’assurer. Je sais qu’ils ne me conseillent que pourmon bien, qu’ils ne prennent à tout cela d’autre intérêt que le mienpropre. Moi, de mon côté, tout en murmurant, je veux leur com-plaire, sans songer à ce qui m’est bon. S’ils me demandoient poureux ce qu’ils me demandent pour moi-même, il ne me coûteraitplus rien ; mais comme il est permis de faire en rechignant son