CORRESPONDANCE.
58
près tout cela si je suis en état de recevoir M. de Servan, quel-que clesir que j’en eusse; dans tout le cours de ma vieil n’auroitpas pu choisir plus mal sou temps pour me venir voir. Dissuadez-l’en, je vous supplie, ou qu’il ne s’en prenne pas à moi s’il perdses pas.
Je ne crois pas avoir écrit à personne que peut-être je seroisdans le cas d’aller à Berlin. Il m’a tant passé de choses par la tête,que celle-là pourroit y avoir passé aussi : mais je suis presque as-suré de n’en avoir rien dit à qui que ce soit. La mémoire que jeperds absolument m’empêche de rien affirmer. Des motifs trèsdoux, trèspressants, très honorables, m’y attireraient sans doute,mais le climat me fait peur. Que je cherche au moins la bénignitédu soleil, puisque je n’en dois point attendre des hommes. J’es-père que celle de l’amitié me suivra partout. Je connois la vôtre,et je m’en prévaudrais au besoin ; mais ce n’est pas l’argent quime manque, et, si j’en avois besoin, cinquante louis sont àNeuchâtel à mes ordres, grâce à la prévoyance de milord ma-réchal.
A M. DU PEVROÜ.
8 avril 1755.
Je n’ai le temps , monsieur, que de vous écrire un mot. Votreinquiétude m’en donne une très grande. S’il est cruel d’avoir despeines, il l’est bien plus encore de ne connoitre pas un ami tendre,pas un honnête homme dans le sein duquel on les puisse épan-cher.
A MADEMOISELLE D'iVERNOIS.
Motiers, le 9 avril 1765.
Au moins, mademoiselle, n’allez pas m’accuser aussi de croireque les femmes n’ont point d’ame ; car, au contraire, je suis per-suadé que toutes celles qui vous ressemblent en ont au moins deuxà leur disposition. Quel dommage que la vôtre vous suffise! J’enconnois une qui se plairait fort à loger en même lieu. Mille res-pects à la chère maman et à toute la famille. Je vous prie, made-moiselle, d’agréer les miens.