ANNÉE 1765. 63
une lettre de Venise, où celui qui l’écrit a eu l’étourderie de nepas marquer son adresse. Si vous savez par quelle voie est venuecette lettre, informez-vous, de grâce, si je ne pourrais pas meservir de la même voie pour faire parvenir ma réponse.
Je vous remercie du vin de Lunel ; mais, mon cher monsieur,nous sommes convenus, ce me semble, que vous ne m’enverriezplus rien de ce qui ne vous coûte rien. Vous me paraissez n’avoirpas pour cette convention la même mémoire qui vous sert si biendans mes commissions.
Je ne peux rien vous dire du chevalier de Malte ; il est encorea Neuchâtel. Il m’a apporté une lettre de M. de Paoli, qui n’estcertainement pas supposée : cependant la conduite de cet homme-là est en tout, si extraordinaire que je ne puis prendre sur moi dem'y lier ; et je lui ai remis pour M. Paoli use réponse qui ne si-gnifie rien, et qui le renvoie à notre correspondance ordinaire, la-quelle n’est pas connue du chevalier. Tout ceci, je vous prie,entre nous.
Mon état empire au lieu de s’adoucir. Il me vient du monde desquatre coins de l’Europe. Je prends le parti de laisser à la posteles lettres que je ne connois pas, ne pouvant plus y suffire. Selontoute apparence, je ne pourrai guère jouir à ce voyage du plaisirde vous voir tranquillement. Il faut espérer qu’une autre fois jeserai plus heureux.
La lieutenante est à Neuchâtel. Je ne veux lui faire votre com-mission que de bouche. Je crains qu’elle ne pût vous aller voirseule, et que la compagnie qu’elle serait forcée de se donner nefût pas trop du goût de madame d’Ivernois, à qui je présente monrespect. J’embrasse tendrement son cher mari.
Bien des salutations aux amis et bonnes connoissances.
A M. COINDET.
Motiers, le 27 avril 1763.
Je devrais, mon cher Coindet, vous écrire souvent, ne fût-ceque pour vous remercier. Mais acceptez, je vous prie, la bonnevolonté pour l’effet ; car, en ce moment, eussé-je dix mains et dixsecrétaires, je ne suffirais pas à tout ce qu’on me force d’écrire.Je dois aussi des remercîments à M. Watelet et à M. Loiseau.Quand je ne leur en devrais pas, je voudrais leur écrire. En at-tendant que je puisse là-dessus me satisfaire, faites-leur les plustendres salutations de ma part.