76 CORRESPONDANCE.
mes plantes et mon bilboquet me laissent peu de temps à perdre,je n’ai lu ni ne lirai ce livre, que je crois fort beau. Mais ne m’en-voyez plus de tous ces beaux livres ; car je vous avoue qu’ils m’en-nuient à la mort, et que je n’aime pas à m’ennuyer.
Mille salutations à M. Deluc et à sa famille. Je le remercie dusoin qu’il veut bien donner à l’optique. Je n’ai point d’estampes.Je le prie d’en faire aussi l’empiète, et de les choisir belles et bienenluminées ; car je n’aurai pas le temps de les enluminer. Une dou-zaine me suffira quant à présent : je souhaite que l’illusion soitparfaite, ou rien.
Mademoiselle Le Vasseur a reçu votre envoi, dont elle vousfait ses remerciments, et moi mes reproches. Vous êtes un don-neur insupportable ; il n’y a pas moyen de vivre avec vous.
J’ai passé huit ou dix jours charmants dans l’ile de Saint-Pierre, mais toujours obsédé d’importuns : j’excepte de ce nom-bre M. de Graffenried, bailli de Nidau, qui est venudiner avecmoi ; c’est un homme plein d’esprit et de connoissances, titré, trèsopulent, et qui, malgré cela, me paroît penser très bien, et diretout haut ce qu’il pense.
Je reçois à l’instant vos lettres et envois des 16 et 17. Je suis-surchargé , accablé , écrasé de visites , de lettres et d’affaires,malade par-dessus le marché ; et vous voulez que j’aille à Mor-ges m’aboucher avec M. Vernes ! il n’y a ni possibilité ni raison,à cela. Laissez-lui faire ses perquisitions ; qu’il prouve , et il seracontent de moi : mais en attendant je ne veux nul commerceavec lui. Vous verrez à votre premier voyage ce que j’ai fait;vous jugerez de mes preuves, et de celles qui peuvent les détruire.En attendant, je n’ai rien publié ; je ne publierai rien sans nou-veau sujet de parler. Je pardonne de tout mon cœur à M. Ver-nes, même en le supposant coupable : je suis fâché de lui avoirnui ; je ne veux plus lui nuire, à moins que je n’y sois forcé.Je donnerois tout au monde pour le croire innocent, afin qu’ilconnût mon cœur et qu’il vît comment je répare mes torts. Maisavant de le déclarer innocent il faut que je le croie ; et je croissi décidément le contraire, que je n’imagine pas même commentil pourra me dépersuader. Qu’il prouve, et jesuis à ses pieds. Mais,pour Dieu, s’il est coupable, conseillez-lui de se taire ; c’est pourlui le meilleur parti. Je vous embrasse.
relatifs à cette science. Celui dont il s’agit ici avoit pour titre : Considérations surles miracles} 1763, in-8°.