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Tome huitième.
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106
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106 CORRESPONDANCE.

de bien agréables pour aller vous renouveler, monsieur, les assu-rances de mou respect.

AU MÊME.

Monsieur,

lie de Saint-Pierre, le 20 octobre 1763.

Le triste état où je me trouve, et la confiance que j’ai dans vosbontés, me déterminent à vous supplier de vouloir bien faireagréer à leurs Excellences une proposition qui tend à me délivrerune fois pour toutes des tourments d’une vie orageuse, et qui vamieux, ce me semble, au but de ceux qui me poursuivent, que nefera mou Eloignement. J'ai consulté ma situation , mon âge, monhumeur, mes forces ; rien de tout cela ne me permet d’entre-prendre en ce moment, et sans préparation, de longs et péniblesvoyages, d’aller errant dans des pays froids , et de me fatiguer àchercher au loin un asile, dans une saison où mes infirmités neme permettent pas même de sortir de la chambre. Après ce quis’est passé, je ne puis me résoudre à rentrer dans le territoire deNeuchâtel, où la protection du prince et du gouvernement ne sau-roit me garantir des fureurs d’une populace excitée qui ne con-noît aucun frein ; et vous comprenez , monsieur, qu’aucun desétats voisins ne voudra ou n’osera donner retraite à un malheu-reux si durement chassé de celui-ci.

Dans cette extrémité, je ne vois pour moi qu’une seule res-source, et, quelque effrayante qu’elle paroisse, je la prendrai nonseulement sans répugnance, mais avec empressement, si leursExcellences veulent bien y consentir : c’est qu’il leur plaise queje passe en prison le reste de mes jours dans quelqu’un de leurschâteaux, ou tel autre lieu de leurs états qu’il leur semblera bonde choisir. J’y vivrai à mes dépens, et je donnerai sûreté de n’ètrejamais à leur charge ; je me soumets à n’avoir ni papier, ni plume,ni aucune communication au-dehors, si ce n’est pour l’absoluenécessité, et par le canal de ceux qui seront chargés de moi ; seu-lement, qu’on me laisse, avec l’usage de quelques livres, la li-berté de me promener quelquefois dans un jardin, et je suis con-tent.

Ne croyez point, monsieur, qu’un expédient si violent en ap-parence soit le fruit du désespoir ; j’ai l’esprit très calme en cemoment : je me suis donné le temps d’y bien penser, et c’est d’a-