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Tome huitième.
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ANNÉE 1766 .

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A II. J.-F. COIXDET,

Chez MM. Thélusson et ISecker, à Paris.

A wootton en Dcrbyshire, lu 29 mars I7G6.

•l’ai reçu vos lettres,cher Coiudet, et celle de madame de Che-nonceaux. J’ai différé de vous répondre jusqu’au moment où j’ar-riverois en lieu de repos où je puisse respirer. J’en avois grandbesoin, je vous jure, et le voisinage de Londres m’étoit aussi im-portun que Londres même, par l’extrême aflluence des curieux.J’ai répondu sur-le-champ à la dernière lettre de madame de Che-nonceaux ; le sujet le demandait absolument. Il m’importe ex-trêmement de savoir si ma lettre lui est parvenue et si elle n’a pasessuyé de retard , pour juger de la fidélité des gens à qui je l’aiconfiée. J’ai aussi reçu indirectement des nouvelles de M. AVate-let et de nouvelles preuves de ses soins bienfaisanls, par ses re-commandations en ma faveur. Un des plus doux emplois de mesloisirs sera de lui écrire quelquefois. Je voudrais qu’il fut tentéde venir voir ma solitude; elle ne serait pas indigne, à quelqueségards, d’occuper ses regards et ses talents. Je suis fâché de nepouvoir faire aucun usage de l’adresse que vous m’avez donnée;mais je suis à cinquante lieues de Londres, et bien résolu de n’yretourner que quand je ne pourrai faire autrement. Me voilàcomme régénéré par un nouveau baptême, ayant été bien mouilléen passant la mer. J’ai dépouillé le vieil homme, et, hors quelquesamis parmi lesquels je vous compte, j’oublie tout ce qui se rapportea cette terre étrangère qui s’appelle le continent. Les auteurs, lesdécrets, les livres, cette âcre fumée de gloire qui fait pleurer,tout cela sont des folies de l’autre monde auxquelles je ne prendsplus de part, et que je me vais hâter d’oublier. Je ne puis jouirencore ici des charmes de la campagne, ce pays étant ensevelisous la neige ; mais, en attendant, je me repose de mes longuescourses, je prends haleine, je jouis de moi, et me rends le témoi-gnage que, pendant quinze ans que j’ai eu le malheur d’exercerle triste métier d’homme de lettres, je n’ai contracté aucun desvices de cet état; l’envie, la jalousie, l’esprit d’intrigue et de char-latanerie, n’ont pas un instant approché de mon cœur. Je neme sens pas même aigri par les persécutions, par les infortunes,et je quitte la carrière aussi sain de cœurquej’y suis entré. Voilà,cher Goindet, la source du bonheur que je vais goûter dans ma