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Tome huitième.
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160 CORRESPONDANCE,

silence? J’en serois trop puni si vous n’y étiez pas sensible. Dansle tumulte d’une vie orageuse, combien j’ai regretté les doucesheures que je passois près de vous! combien de fois les premiersmoments du repos après lequel je soupirois ont été consacrés d’a-vauce au plaisir de vous écrire ! J’ai maintenant celui de remplircet engagement, et les agréments du lieu que j’habite m’invitentà m'y occuper de vous, madame, et de M. de Luze, qui m’en afait trouver beaucoup à y venir. Quoique je n’aie point directe-ment de ses nouvelles, j’ai su qu’il étoit arrivé à Paris en bonnesauté; et j’espère qu’au moment où j’écris cette lettre, il est heu-reusement de retour près de vous. Quelque intérêt que je prenneà ses avantages, je ne puis m’empêcher de lui envier celui-là, etje vous jure, madame, que cette paisible retraite perd pour moibeaucoup de son prix, quand je songe qu’elle est à trois centslieues de vous. Je voudrais vous la décrire avec tous ses charmes,afin de vous tenter, je n’ose dire de m’y venir voir, mais de lavenir voir ; et moi j’en profiterais.

Figurez-vous, madame, une maison seule, non fort grande,mais fort propre, bâtie à mi-côte sur le penchant d’un vallon,dont la pente est assez interrompue pour laisser des promenadesde plain-pied sur la plus belle pelouse de l’univers. Au-devant dela maison règne une grande terrasse, d’où l’œil suit dans unedemi-circonférence quelques lieues d’un paysage formé de prai-ries , d’arbres, de fermes éparses, de maisons plus ornées, etbordé en forme de bassin par des coteaux élevés qui bornentagréablement la vue quand elle ne pourrait aller au-delà. Au fonddu vallon, qui sert à la fois de garenne et de pâturage, on entendmurmurer un ruisseau qui, d’une montagne voisine, vient coulerparallèlement à la maison, et dont les petits détours, les cascades,sont dans une telle direction, que des fenêtres et de la terrassel’œil peut assez long-temps suivre son cours. Le vallon est garni,par places, de rochers et d’arbres où l’on trouve des réduits dé-licieux, et qui ne laissent pas de s’éloigner assez de temps entemps du ruisseau pour offrir sur ses bords des promenades com-modes, à l’abri des vents et même de la pluie; en sorte que parle plus vilain temps du monde je vais tranquillement herborisersous les roches avec les moutons et les lapins ; mais, hélas ! ma-dame, je n’y trouve point de scordium.

Au bout de la terrasse à gauche sont des bâtiments rustiqueset le potager ; à droite sont des bosquets et un jet d’eau. Derrière