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Tome huitième.
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192 CORRESPONDANCE.

manœuvre de lettre dont je suis frappé ('). Après le souper, gar-dant tous deux le silence au coin de son feu, je m’aperçois qu’ilme fixe, comme il lui arrivoit souvent, et d’une manière dontl’idée est difficile à rendre. Pour cette fois, son regard sec, ardent,moqueur et prolongé, devint plus qu'inquiétant. Pour m’en dé-barrasser, j’essayai de le fixer à mon tour ; mais, en arrêtant mesyeux sur les siens, je sens un frémissement inexplicable, et bientôtje suis forcé de les baisser. La physionomie et le ton du bon Davidsont d’un bon homme; mais où, grand Dieu ! ce bon homme em-prunte-t-il les yeux dont il fixe ses amis?

L’impression de ce regard me reste et m’agite ; mon troubleaugmente jusqu’au saisissement : si l’épanchement n’eût succédé,j’étouffois. Bientôt un violent remords me gagne ; je m’indigne demoi-même ; enfin, dans un transport que je me rappelle encoreavec délices, je m’élance à son cou, je le serre étroitement ; suffoquéde sanglots, inondé de larmes, je m’écrie d’une voix entrecoupée :Non, non ! David Hume n’est pas un traître, s'il n'éloit le meil-leur des hommes, il faudroit qu’il en fût le plus noir. DavidHume me rend poliment mes embrassements, et, tout en me frap-pant de petits coups sur le dos, me répète plusieurs fois d’un tontranquille : Quoi! mon cher monsieur ! Eh! moucher monsieur!Quoi donc! mon cher monsieur! Il ne me dit rien de plus ; je sensque mon cœur se resserre ; nous allons nous coucher, et je pars lelendemain pour la province.

Arrivé dans cet agréable asile où j’étois venu chercher le reposcle si loin, je devois le trouver dans une maison solitaire, com-

(*) Il faut dire ce que c’est que cette manœuvre. J’écrivois sur la table de M. IIiuuc.cil spii absence, une réponse à une lettre que je venois de recevoir. Il arrive, trèscurieux de savoir ce que j'écrivois, et ne pouvant presque s’abstenir d’y lire. Je fermema lettre sans la lui montrer ; et comme je la mettois clans ma poche, il la demandeavidement, disant qu'il l’enverra le lendemain, jour de poste. La lettre reste sur satable. Lord Xewnham arrive, M. Hume sort un moment ; je reprends ma lettre, disantque j’aurai le temps de l’envoyer le lendemain. Lord Newnham m’offre de l’envoyerpar le paquet de 51. l’ambassadeur de France ; j’accepte. M. Hume rentre tandis quelord Newnliam fait son enveloppe; il tire son cachet: 31. Hume offre le sien avec tantd’empressement, qu’il faut s’en servir par préférence. On sonne ; lord Newnhain donnela lettre au laquais de M. Hume pour la remettre au sien, qui attend en bas avec soncarrosse, afin qu’il la porte chez M. l’ambassadeur. A peine le laquais de 31. Humeétoit hors de la porte, que je me dis: Je parie que le maître va le suivre. Il n’y man-qua pas. Ne sachant comment laisser seul milord Newnliam, j’hésitai quelque tempsavant que de suivre à mon tour M. Ilumc : je n'aperrus rien ; mais il vit très bien quej'étois inquiet. Ainsi, quoique je n’aie reru aucune réponse à ma lettre, je ne doutepas qu’elle ne soit parvenue; mais je doute un peu, je l’avoue, qu'elle n'ait été lueauparavant.