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Tome huitième.
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226 CORRESPONDANCE.

madame, la plus étonnante maxime dont j’aie jamais entenduparler. Comment ! sitôt qu’un homme prend en public le masquede l’amitié pour me nuire plus à son aise, sans même daigner secacher de moi, sitôt qu’il me baise en m’assassinant, je dois n’oserplus me défendre, ni parer ses coups, ni m’en plaindre, pas mêmeà lui !... Je ne puis croire que c’est là ce que vous avez voulu dire ;cependant, en relisant ce passage dans votre lettre, je n’y puistrouver aucun autre sens.

Je vous suis obligé, madame, des soins que vous voulez prendrepour ma défense, mais je ne les accepte pas : M. Hume a si bienjeté le masque, qu’à présent sa conduite parle et dit tout à qui neveut point s’aveugler; mais quand cela ne seroit pas, je ne veuxpoint qu’on me justifie, parceque je n'ai pas besoin de justifica-tion, et je ne veux pas qu’on m’excuse , parceque cela est au-dessous de moi ; je souhaiterais seulement que, dans l’abîme demalheurs où je suis plongé, les personnes que j’honore m’écrivis-sent des lettres moins accablantes, afin que j’eusse au moins laconsolation de conserver pour elles tous les sentiments quellesm’ont inspirés.

A M. D’iVERNOIS.

Wootton, le 30 août 1766.

J’ai lu, monsieur, dans votre lettre du 31 juillet, l’article de lagazette que vous y avez transcrit, et sur lequel vous me deman-dez des instructions pour ma défense. Eh ! de quoi, je vous prie,voulez-vous me défendre? de l’accusation d’être un infâme?Mon bon ami, vous n’y pensez pas : lorsqu’on vous parlera de cetarticle, et des étonnantes lettres qu écrit M. Hume, répondez sim-plement : Je connois mou ami Rousseau ; dépareilles accusationsne sauraient le regarder : du reste, faites comme moi, gardez lesilence, et demeurez en repos. Surtout ne me parlez plus de cequ’on dit dans le public et dans les gazettes ; il y a long-tempsque tout cela est mort pour moi.

Il y a cependant un point sur lequel je desire que mes amissoient instruits, parcequ’ils pourraient croire , comme ils ont faitquelquefois, et toujours à tort, que des principes outrés me con-duisent à des choses déraisonnables. M. Hume a répandu à Pariset ailleurs que j’avois refusé brutalement une pension de deuxmille francs du roi d’Angleterre, après l’avoir acceptée : je n’aijamais parlé à personne de cette pension que le roi vouloit qui