254 COBBESPONDANCE.
uève qu’il étoit faux que j’eusse jamais été secrétaire d’un am-bassadeur, et que je n’avois été que son valet, un d’entre euxm’instruisit de ce discours ; et, dans le premier mouvement demon indignation, j’envoyai à M. de Voltaire un démenti condi-tionnel, dont j’ai oublié les termes, mais qu’il avoit assurémentbien mérité.
Je me souviens très bien d’avoir une fois dit à quelqu’un queje me sentois le cœur ingrat, et que je u’aimois point les bienfaits.Mais ce n’étoit pas après les avoir reçus que je teuois ce discours;c’étoit au contraire pour m’en défendre ; et cela, monsieur, esttrès différent. Celui qui veut me servir à sa mode, et non pas àla mienne, cherche l’ostentation du titre de bienfaiteur; et jevous avoue que rien au monde ne me touche moins que de pareilssoins. A voir la multitude prodigieuse de mes bienfaiteurs, ondoit me croire dans une situation bien brillante. J’ai pourtantbeau regarder autour de moi, je n’y vois point les grands mo-numents de tant de bienfaits. Le seul vrai bien dont je jouis estla liberté; et ma liberté, grâces au ciel, est mon ouvrage. Quel-qu’un s’ose-t-il vanter d’y avoir contribué? Vous seul, ô GeorgeKeith , pouvez le faire; et ce n’est pas vous qui m’accuserez d’in-gratitude. J’ajoute à milord maréchal mon ami Du Peyrou.Voilà mes vrais bienfaiteurs : je n’en connois point d’autres. Vou-lez-vous donc me lier par des bienfaits ; faites qu’ils soient demon choix et non pas du vôtre, et soyez sur que vous ne trouverezde la vie un cœur plus vraiment reconnoissant que le mien. Telleest ma façon de penser, que je n’ai point déguisée; vous ôtesjeune, vous pouvez la dire à vos amis; et si vous trouvez quel-qu’un qui la blâme, ne vous fiez jamais à cet homme-là.
a m. du PEvnou.
A Wootton, le 8 janvier 1767.
Que Dieu comble de ses bénédictions mon cher hôte, qui, parune réconciliation parfaite, accorde à mon cœur la paix dont ilavoit besoin! Je prends à bon augure, dans ces circonstances,celle que vous m’annoncez pour le reste de mes jours à la fin devotre no 38. Si je puis obtenir que le public m’oublie, comptezque je ne réveillerai plus ses souvenirs. La postérité me rendrajustice, j’en suis très sûr ; cela me console des outrages de mescontemporains.