CORRESPONDANCE.
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vœux secrets, entre le prince [qui m’a donné asile, et les peuplesqui m’ont persécuté.
M. le prince de Conti n’est point encore venu, j’ignore quandil viendra ; on l’attendoit hier : je ne sais ce qu’il fera ; mais je lisdans la contenance des comploteurs qu’ils craignent peu son ar-rivée, que leur partie est bien liée, et qu’ils sont sûrs, malgréleur maître, de parvenir à me chasser d’ici. Nous verrons ce qu’ilen sera ; je crois que c’est le cas de faire pouf: ils ne s’y attendentpas.
Le parti que vous prenez de ne sortir du lit que parfaitementrétabli est très sage ; mais il ne faut pas sauter trop brusquementde vos rideaux dans la rue, cela seroit dangereux : faites mettredes nattes dans votre chambre, au défaut de tapis de pied ; don-nez-vous le temps de vous bien rétablir avant de songer à venir,et en attendant arrangez tellement vos affaires, que vous n'ayezà partir d’ici que quand vous vous y ennuierez : faites en sorte devous laisser maître de tout votre temps; je ne puis trop vous re-commander cette précaution : j’aime mieux vous avoir plus tard,et vous garder plus long-temps. Enfin je vous conjure derechef,avec instance, de pourvoir si bien d'avance à toute chose, que rienne puisse vous faire partir d’ici que votre volonté.
Nous avons ici des échecs, ainsi n'en apportez pas ; mais si vousvoulez apporterquelques volants, vous ferez bien, car les miens sontgâtés ou ne valent rien : je suis bien aise que vous vous renfor-ciez assez aux échecs pour me donner du plaisir à vous battre ;voilà tout ce que vous pouvez espérer, car ; à moins que vous nereceviez avantage, mon pauvre ami, vous serez battu et toujoursbattu. Je me souviens qu’ayant l’honneur de jouer, il y a six ousept ans, avec M. le prince de Conti, je lui gagnai trois parties desuite, tandis que tout son cortège me faisoit des grimaces de pos-sédés : en quittant le jeu, je lui dis gravement : Monseigneur, jerespecte trop votre altesse pour ne pas toujours gagner. Mon ami,vous serez battu, et bien battu ; je ne serois pas même fâché quecela vous dégoûtât des échecs, car je n’aime pas que vouspreniez du goût pour des amusements si fatigants et si séden-taires.
A propos decela, parlons de votre régime; il est bon pour unconvalescent, mais très mauvais à prendre à votre âge, pour quel-qu’un qui doit agir et marcher beaucoup : ce régime vous affoi-blira, et vous ôtera le goût de l’exercice. Ne vous jetez point