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CORRESPONDANCE.
A M. L ALI AUI).
Bourgoin, le 5 octobre 1768.
Votre lettre, monsieur, du 29 septembre, m’est parvenue euson temps, mais sans le duplicata; et je suis d’avis que vous nevous donniez plus la peine d’en faire par cette voie, espérant quevos lettres continueront à me parvenir en droiture, ayant peut-être été ouvertes; mais n’importe pas, pourvu quelles parvien-nent. Si j’aperçois une interruption, je chercherai une adresseintermédiaire ici, si je puis, ou à Lyon.
Je suis bien touché de vos soins et de la peine qu’ils vous don-nent, à laquelle je suis très sûr que vous n’avez pas regret;mais il est superflu que vous continuiez d’en prendre au sujetde ce coquin de Thevenin, dont l’imposture est maintenant dansun degré d’évidence auquel M. de Tonnerre lui-même ne peutse refuser. Savez-vous là-dessus quelle justice il se propose de merendre, après m’avoir promis la protection la plus authentiquepour tirer cette affaire au clair? C’est d'imposer silence à cethomme ; et moi toute la peine que je me suis donnée étoit dansl’espoir qu’il le forceroit de parler. Ne parlons plus de ce misé-rable, ni de ceiaxqui l’ont mis enjeu. Je sais que l’impunité decelui-ci va les mettre à leur aise pour en susciter mille autres ;et c’étoit pour cela qu’il m’importoit de démasquer le premier.Je l’ai fait, cela me suffit : il en viendrait maintenant cent parjour, que je ne daignerais pas leur répondre.
Quoique ma situation devienne plus cruelle de jour en jour,que je me voie réduit à passer dans un cabaret l’hiver, dont jesens déjà les atteintes, et qu’il ne me reste pas une pierre pour yposer ma tête, il n’y a point d’extrémité que je n’endure plutôt quede retournera Trye; et vous ne me proposeriez sûrement pas ceretour, si vous saviez ce qu’on m’y a fait souffrir, et entre lesmains de quelles gens j’étois tombé là. Je frémis seulement à ysonger : n’en reparlons jamais, je vous prie.
Plus je réfléchis aux traitements que j’éprouve, moins je puiscomprendre ce qu’on me veut. Également tourmenté, quelqueparti que je prenne, je n’ai la liberté ni de rester où je suis, nid’aller où je veux ; je ne puis pas même obtenir de savoir où l’onveut que je sois, ni ce qu’au veut faire de moi. J’ai vainementdésiré qu’on disposât ouvertement de ma personne ; ce serait me