434 CORRESPONDANCE,
par ce qui est dans celles de la dame à la marmelade de fleur d’o-range, je vous laisse absolument le maître d’en disposer aprèsmoi de la manière qui vous paraîtra la plus favorable aux inté-j’êts de ma veuve, à ceux de ma filleule, et à l’honneur de mamémoire.
Il n’y a pas d’apparence, mon cher hôte, qu’il soit désormaisbeaucoup question de botanique ; ainsi vos plantes des Alpes etle livre que vous y vouliez joindre ne seront probablement plusde saison quand même je resterais comme je suis, ce qui me paraîtimpossible, puisque je ne saurais actuellement me baisser, nimettre mes souliers moi-mème ; ce qui n’est pas une bonne dis-position pour herboriser. D’ailleurs la fièvre, et même assez forte,me rend si foible, qu’il faut dans peu qu’elle s’en aille, ou queje m’en aille. Je ne puis pas vous dire encore lequel sera desdeux.
Depuis cette lettre écrite, mon cher hôte, je me sens mieux, etassez bien pour pouvoir, sans beaucoup d’incommodité, y joindreun mot de ma main ; mais ma pauvre femme à son tour est tom-bée malade, et ma chambre est un hôpital. Comme je suis per-suadé que réellement l’air de ce lieu nous est pernicieux à l’unet à l’autre, je suis déterminé, sitôt qu’elle sera en état de souf-frir le transport, d’aller nous établir à une lieue d’ici, sur la hau-teur, en très bon air, dans une maison abandonnée, mais où legentilhomme à qui elle appartient veut bien me faire accommoderun petic logement. Adieu, mon cher hôte; nous vous embrassonsl’un et l’autre de tout notre cœur : offrez nos respects et nosvœux à la maman, et nos amitiés à M. Jeannin.
A M. I.ALIAUD.
Eourgoin, le 16 janvier 1769.
Je commence, monsieur, d’entrevoir le repos que vous m'an-noncez, et que j’ai pressenti même avant vous: un grand mald’estomac, accompagné d’enflure, d’étouffement et de fièvre,m’en montre la route autre que celle que vous aVez prévue, maisla seule par laquelle j’y puis parvenir. Cette bizarre maladie a desrelâches, que je paie par des retours plus cruels; et hier mêmeje me croyois guéri. J’ai changé cette nuit d’opinion; je com-prends que j’en ai pour le reste de la route; mais j’ignore si letrajet qui me reste à faire sera court ou long. La seule chose que