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Tome huitième.
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458 CORRESPONDANCE.

vie, et vous, vous devez soigner la vôtre parcequ’elle lui est né-cessaire. Ce n'est pas une consolation pour vous, mais c’est undevoir qui doit vous rendre bien sacré le soin de vous-môme.

Vous me demandez conseil sur ce que vous devez lui dire ausujet du choix que vous vous êtes fait. Personne ne peut vousdonner ce conseil que vous-même, parceque personne ne peutprévoir comme vous l’effet que cette déclaration peut faire surson esprit ; car, sans contredit, vous ne devez rien lui dire dans■son triste état que vous ne sachiez devoir lui être agréable etconsolant. Vous êtes convaincu, me dites-vous, que. ce choix luifera plaisir; cela étant, je ne vois pas pourquoi vous balanceriez.Mais vous n’avez pas le courage, ajoutez-vous, de lui en parlerde but en blanc dans son état. Eh bien! parlez-lui-en par formede consultation plutôt que de déclaration. Cette déférence ne peutque lui plaire et la toucher; et, dfit-elle ne pas approuver votrechoix, vous n’en restez pas moins le maître de passer outre sansla contrister, lorsque le ciel aura disposé d’elle. Voilà tout ce quela raison et le tendre intérêt que je prends à l'un et à l’autre meprescrit de vous dire à ce sujet.

J’ai le cœur si plein de vous et de votre cruelle situation, queje n’ai pas le courage de vous parler de moi ; et tout ce que j’ai debon «à vous en dire est que ma santé continue d’aller assez bien.Faites parler mon cœur avec le vôtre auprès de votre bonne ma-man. Mille amitiés au bon Jeannin. Nous vous embrassons, ma-dame Renou et moi, de tout notre cœur.

AU MÊME.

Ce 19 niai 1769.

J’apprends votre perte, mon cher hôte, et je la sens bien ; maisce n’est pas une perte récente à laquelle vous ne fussiez pas pré-paré. Je ne voudrais, pour vous en consoler, que le détail quevous me faites de l’état de la défunte. Il y avoit long-tempsqu’elle avoit cessé de vivre; elle n’a fait que cesser de souffrir, etvous de partager ses souffrances. Il n’y a pas là de quoi s’affli-ger. Mais votre perte, pour être ancienne en quelque sorte, n’en estpas moins réelle et pas moins irréparable; et voilà sur quoi doiventtomber vos regrets; vous avez un véritable ami de moins, et unami qui ne se remplace pas. Puissiez-vous n’avoir jamais plus àle pleurer dans la suite que vous ne le pleurez aujourd'hui ! Maistelle est la loi de la nature, il faut baisser la tête et se résigner.