592 CORRESPONDANCE,
comme j’ai lieu de le craindre, le seul parti qui me reste à pren-dre est d’attendre ici votre arrivée ou celle de M. le commandeur,et de prendre patience en attendant, comme j'espère faire jusqu’àla fin, à moins qu’il ne se présente quelque ressource imprévue,sur laquelle j’aurois grand tort de compter.
Quant aux soins qui regardent ici les guenilles que j’y puis lais-ser, c’est un article trop peu important pour que vous daigniez vousen occuper ainsi d’avance ; nous ne manquerons pas de gens em-pressés à recevoir ce petit dépôt. Mon silence au sujet de M. deNeuville me paroissoit une réponse très claire ; mais vous en vou-lez une expresse , il faut obéir. De l’humeur dont je me connois,il lui faudroit toujours bien moins de peine pour me faire oublierses dispositions à mon égard, qu’il n’en a pris à me les faire con-noitre ; mais, en attendant, prêt à lui rendre avec le plus vraizèle tous les services qui pourroient dépendre de moi, je me senspeu porté à lui en demander. Il sembloit, au tour de votre pré-cédente lettre, que vous aviez quelqu’un en vue pour cet effet ; etje puis vous assurer, à cet égard, d’une confiance entière en qui-conque viendrait à moi de votre part.
A l’égard de la messe et de l’incognito, vous connoissez là-des-sus mes principes et mes sentiments ; ils seront toujours les mê-mes.L’expérience m’a fait counoitre l’inutilité et les inconvénientsde ces petits mystères, qui ne sont qu’un jeu mal joué. Vous dites,monsieur, qu’on ne m’interrogera pas ; on saura donc qu’il nefaut pas m’interroger : car d’ailleurs c’est un droit qu’avec peud'égard pour mon âge s’arrogent avec moi sans façon petits etgrands. Je mettrai, je vous le proteste, une grande partie de monbonheur à vous complaire en toute chose convenable et raison-nable; mais je neveux point là-dessus contracter d’obligation.Adieu, monsieur ; quel que soit le succès des soins que vous dai-gnez prendre pour moi, j’en suis touché comme je dois l’être, etleur souvenir ne s’effacera jamais de mon cœur. Ma femme par-tage ma reconnoissance, et nous vous supplions l’un et l’autred’agréer nos très humbles salutations (*).
(*) Les choses n'ont pu s’arranger pour qu'il fit le voyage projeté. Bien peu de tempsaprès il s'est décidé en faveur d'Ermenonville, où il est mort dans la même année*{Noie du comte Duprat.)
FIN DE LA CORRESPONDANCE.