32 LE VOYAGE
— Non, non, parle donc; je m’enamuse d’avance.
— Noble seigneur, ce cheval est monserf, mon esclave; et Dieu a fait les serfspour être battus, et les maîtres pour lesfrapper. C’est, pardieu, ce que j’ai tou-jours vu depuis que je suis au monde.
— Ah! ah! ah!.... ce manant nemanque pas d’esprit. A qui appar-tiens-tu ?
— Au comte de Gruyère, barond’Aubonne.
— Yoilà pourquoi tu te permets deraisonner. Ce brave gentilhomme n’a pasvoulu être de notre confrérie; et il vousa défendu de nous prêter du secoursdans le besoin. Que ferais-tu, toi, si jet’en demandais ?
—Je ferais le signe de la croix, et jeme recommanderais à tous les saints.
—Bien, bien ; saint Michel, mon pa-tron, me dit d’épargner tes épaules, etil t’ordonne de ménager ton cheval.