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de Sa Majesté la supplioient de les délivrer de la persécutiond’une Maîtrise , qui étoit incompatible avec les Arts qu’ilsprofessoient, & en arrêtoit absolument le progrès, & devouloir bien leur permettre d’établir une Ecole, ou AcadémieRoyale, où ces hommes habiles s’exerceroient en des Etudespubliques , & montreroient à la jeunesse à dessiner d’aprèsle naturel ; c'est-à-dire , d’après un homme nud, qu’on poseen certaines attitudes, & que l’on a toujours depuis nomméModèle & Académie. Cette Requête étant dressée, Charmoisla lut aux Peintres & aux Sculpteurs du Roi, qui l’approuvè-rent avec de grands éloges , & elle fut signée par le Brun ,Sarrasin , Perrier , Bourdon , de la Híre , Corneille , Jujìed'Egmont , Vanobfîat, Hanse , du Guernier , & de plusieursautres , dont on ne rapportera pas ici les noms , à cause dela réforme qu’on fut obligé de faire ensuite dans l’Académie.Charmois, encouragé par les applaudissemens & par la recon-noissance de ces illustres Artistes, travailla fans relâche à faireréussir son entreprise , & à y faire entrer toutes les personnesdistinguées parmi les Peintres & les Sculpteurs. Ce fut alorsqu ’Errard , K an-niol , Guillin & le Sueur k joignirent à ceuxqui avoient les premiers signé la Requête. Le Brun , qui étoitsingulièrement aimé du Chancelier Seguier, communiqua cedessein à ce grand Magistrat, qui l’approuva, & le protégeade tout son crédit. La Requête ayant été présentée au Roi,elle fur lue par Charmois en plein Conseil le 10 janvier 1648,en présence du Roi, de la Reine sa mere, Régente du Royau-me , du Duc d’Orléans, du Prince de Condé, & c. La Reinefut si indignée de l’insolence des Maîtres Peintres & Sculp-teurs , qui osaient entreprendre de donner des bornes à sonautorité , que peu s’en fallut qu’elle réordonnât la suppressionde la Maîtrise. Le Conseil rendit sur le champ un Arrêt con-forme à la Requête, & M. de la VrilUere, Secrétaire d’Etat,en fit faire & délivrer Pexpédition très-promptement & très-obligeamment, témoignant dans cette occasion, & dans toutescelles qui se présentèrent par la suite, l’estime qu’il avoit pourla plùpartdes Membres de cette Compagnie.
Ces nouveaux Académiciens tinrent donc leurs premièresSéances, tantôt dans l’appartement de Charmois , tantôt danscelui de Beaubrun. Leur premier foin fut de faire des Sta-tuts qui assurassent la stabilité & futilité de l’Académie.Charmois en dressa un projet en treize articles , qui ayant étéexaminés & approuvés par la Compagnie , furent présentésau Chancelier Seguier par le Brun. Ce grand Magistrat, tou-jours supérieur au nombre & à l’importance des plus grandes