DE LA BIBLIOTHÈQUE DE SAINT-VICTOR. 125
Rabelais attribue ces figures à Tevot, par le mêmemotif qui lui fait changer en Franctopinus le nomcle Valturius .. Le franc-taupin était le type de lacouardise, comme le franc-archer représentait lefanfaron, qu’on vit reparaître un siècle plus tard sousle nom de matamore. On appelait francs-taupinsles milices fournies par les communes pour le servicedu roi et formant le ban et l’arrière-ban de l’arméeféodale; ils étaient mal vêtus et mal armés, sansdiscipline et sans organisation militaire : ils ne ser-vaient, à vrai dire, qu’à ravager le pays. Pendant labataille, ils s’enfuyaient ou se cachaient comme destaupes. Le Duchat, dans son commentaire (note surle chap. 35 du liv. I), rapporte une chanson popu-laire dans laquelle les faits et gestes du franc-taupinsont énumérés avec beaucoup de gaieté et de malice.Rabelais n’a pas oublié ces pauvres soudards dans lafameuse guerre des Fouaces, et il fait jouer à BonJoan , capitaine des francs-topins, le rôle du franc-taupin de la chanson :
Et si disoit qu’il venoit de l’armée,
Mais onc n’avoit donné un horion,
Deriron, vignette sur vignon.
Quant à Tevot, c’était le franc-taupin par excel-lence, le héros du genre, et les farces du seizièmesiècle lui avaient donné une immense popularité.Une de ces farces, la seule qui soit venue jusqu’ànous, dans le recueil unique conservé au BritishMuséum de Londres, est intitulée : Farce nouvelle(le Colin , fils de Thevot , le maire, qui vient deNaples et amene un Turc prisonnier , à quatre per-