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ESSAI
par les amateurs, se trouvent actuellement partoutcomme pièces fondamentales, et qu’il est devenu vraide dire qu’en fait de bouquins, il n’y a rien de sicommun que les raretés.
Un goût tout à fait opposé à ce servilisme, unepensée de véritable bibliomane exclusif, avait aucontraire présidé au choix de la collection uniqueque nous exposons aujourd’hui aux enchères.
M. le comte de Fortsas n’admettait sur ses ta-blettes que des ouvrages inconnus à tous les biblio-graphes et les catalogistes. C’était sa règle inva-riable, règle dont il ne s’est départi jamais, Avecun pareil système, on conçoit que la collection for-mée par lui, bien qu’il y ait consacré pendant qua-rante ans des sommes considérables, ne peut êtrefort nombreuse. Mais ce qu’on aura peine à croire,c’est qu’il expulsait impitoyablement de ses rayonsdes volumes payés au poids de l’or, des volumes quieussent été l’orgueil des amateurs les plus exigeants,sitôt qu’il apprenait qu’un ouvrage, jusqu’alors in-connu, avait été signalé dans quelque catalogue.Cette triste découverte était indiquée sur son inven-taire manuscrit, dans une colonne à ce destinée, parces mots : Se trouve mentionné dans tel ou tel ou-vrage , etc., puis, vendu , donné , ou (chose incroya-ble si l’on ne savait jusqu’où peut aller la passiondes collecteurs exclusifs) détruit!
La publication des Nouvelles Recherches de Bru-net fut pqur notre bibliomane un coup bien sensible,et qui sans doute n’aura pas peu contribué à accé-lérer sa fin : elle lui fit perdre en une fois le tiersde sa chère bibliothèque. Depuis lors il semblait