SUR LES BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES. 383
rousse avait pu fournir l’idée, mais nulle plume nese hasarda à écrire une production qui aurait infail-liblement conduit l’auteur au bûcher. Longtempsaprès, dans le siècle dernier, des spéculateurs s’avi-sèrent de rçettre au jour des livres auxquels ils conser-vèrent un titre devenu célèbre. On connaît au moinsdeux rédactions différentes d’un ouvrage, qui n’estaucunement le traité dont les bibliologues du dix-septième siècle se sont fort occupés, mais que per-sonne n’a jamais vu, et pour cause.
.Nous pourrions remplir bien des pages si nousvoulions énumérer les ouvrages qui ont été impri-més, mais que leurs auteurs ont représentés commereproduction ou traduction d’écrits dont leur ima-gination avait fait tous les frais.
Nous mentionnerons en ce genre et à peu près auhasard :
« Traduction d’un fragment du dix-huitième livredePolybe, trouvé dans un monastère du mont Athos,(par le comte d’Entraigues.) Londres , 4 806.
« Fragment de Xénophon trouvé dans les ruines dePalmyre(composé par l’abbé Brizard). Paris , 1783. »
Un littérateur italien, demeuré célèbre, Leopardi,s’amusa à publier, en 1826, une traduction qu’ilannonça comme faite au quatorzième siècle (d’aprèsune version latine), d’une chronique grecque rela-tant l’histoire des saints Pères du mont Sinaï. Lachronique n’avait jamais existé; la prétendue tra-duction était l’œuvre de Leopardi, mais il avait sibien imité l’ancien style italien, que de fins connais-