6
LES FORÊTS
depuis ont déserté les contrées septentrionales, devenuestrop froides, pour se rapprocher de l'équateur; desessences à feuilles caduques avaient déjà réussi à s’intro-duire dans leurs rangs. Enfin, l’unique climat du globeayant achevé de s’altérer, de se rompre en climats divers,et les zones tempérées et froides s’étant marquées surnotre planète, des Chênes, des Ormes, des Tilleuls, desÉrables, peu différents des nôtres, s’établirent sur devastes espaces, végétation intermittente, interrompue parles hivers, contribuant moins activement à la formationd’une atmosphère respirable, qui d’ailleurs était crééeet n’avait plus besoin que d’être réparée et entretenue.
L’ordre d’apparition des animaux terrestres indique lestransformations successives de l’air : ce sont d’abord demonstrueux reptiles, êtres ambigus, moitié lézards, moi-tié poissons, à sang froid, ne respirant qu’à demi, setraînant dans la vase des plages, et des ébauches d’oi-seaux, à qui une aile rudimentaire, encore armée degriffes, ne permet que de raser d'un vol lourd et incer-tain la surface des lagunes et des marais; puis des mam-mifères, se dégageant de la cuirasse écailleuse des sau-riens, débarrassant leurs pieds des entraves de la nageoireet gagnant les grandes plaines, parcourant les forêts, s’ani-mant même jusqu’à grimper sur les arbres; ensuite desoiseaux, bien différents de leurs informes et grossiers an-cêtres, en possession de l’aile véritable, de l'aile emplumée,se lançant avec confiance dans l’élément qui semble faitpour eux; enfin l’homme, venu le dernier, comme si, sesentant précieux et fragile, il avait voulu laisser ses pré-décesseurs faire l’épreuve de la vie terrestre : aujourd’huiencore, après tant de générations, en entrant dans ce mondeil pousse un cri d’effroi, mais la première gorgée d’airqu’il respire le rassure, l’apaise; il sent son cœur battre,son sang s’échauffer, il vit, il vivra.
Ainsi la nature animale s’est perfectionnée à mesureque, grâce aux végétaux, une plus grande quantité d'oxy-