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LES FORÊTS
Cette influence des bois sur la pluie s’explique : lesgrands arbres sont des machines hydrauliques d’unepuissance extraordinaire; ils pompent par leurs racineset charrient dans leurs vaisseaux une énorme masse d’eau(la moitié de leur poids total en 24 heures, selon Haies) ;comme une portion assez minime de cette eau est em-ployée à la nutrition du végétal, il faut que tout le restesoit rejeté dans l’atmosphère par les feuilles. Chaquefeuille est en effet le siège d’une active évaporation :que l’on essaye de se figurer quel prodigieux appareilévaporant doit être l’ensemble du feuillage de toute uneforêt! On sait que ce phénomène ne peut se produiresans un effet réfrigérant, qui se communique nécessai-rement aux couches atmosphériques avoisinantes : com-ment la vapeur d’eau qui s’y répand ne se condenserait-elle pas en nuages, pour finir par se précipiter en pluie?
Supposons — ce qui ne peut être — qu’il n'y ait abso-lument aucun souffle de vent pour déplacer ces nuages,on devrait les voir stationner et obscurcir le ciel au-dessus de la forêt, tandis que les parties ouvertes et pluschaudes de la surface du sol, d’où s’élèvent des colonnesd’air sec et chaud qui dissolvent les vésicules du brouil-lard, correspondraient aux espaces célestes restés bleuset sereins. On aurait ainsi, peinte sur le ciel, la carteforestière d’une contrée. Ajoutons qu’avec un calme par-fait de l’atmosphère, les pluies seraient encore plus fré-quentes qu’elles ne le sont sur les forêts 1 .
A l’explication qui précède, un éminent physicien aproposé d’en joindre une seconde : représentons-nous uncourant d'air tenant en suspension de la vapeur d’eau, etcheminant dans les parties basses de l’atmosphère; toutà coup il rencontre une forêt, il s’y heurte, se soulève,augmente de hauteur : il y aura donc dilatation subite,refroidissement et, par suite, chute de pluie. La forêt
J. Voir Grisebach, la Végétation du globe.