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LES FORÊTS
On a mis à profit ce pouvoir protecteur des arbres.Naguère l’observateur placé sur le clocher de la cathé-drale d’Anvers n’apercevait sur la rive opposée de l’Escautqu’une immense plaine désolée, où croissaient çà et làquelques touffes d'herbes grossières, quelques buissonstordus et desséchés par le vent de mer; il croit y voiraujourd’hui une forêt dont les limites se confondent aveccelles de l’horizon. Qu’il pénètre sous ces ombrages :l'apparente forêt est un ensemble de lignes d’arbresrégulièrement espacées. Ces plantations ont corrigé lerégime atmosphérique qui frappait de stérilité le solqu’elles occupent; quand la tempête en secoue violem-ment les cimes, l’air demeure calme un peu plus bas,et des sables improductifs se sont transformés en champsfertiles 1 . En Provence, des rangées de Cyprès protègent lesterres cultivées contre le souffle violent du mistral. Lesprairies normandes sont presque toujours entourées detalus surmontés de grands arbres; c’est grâce à ces abrisque les nombreux pommiers plantés dans ces prairiesfleurissent et fructifient plus abondamment qu’ailleurs.
Ainsi les forêts disposent en quelque mesure des qua-lités vitales de l’air, de l’arrosement et de la féconditédes terres, de la clémence des climats. L’homme à sontour dispose des forêts; il peut à son gré les conserverou les détruire, les multiplier, les faire naître là où ilveut. Par elles, il est donc le maître de perfectionner oude détériorer la planète qu’il habite. Jusqu’ici il ignoraitsa puissance, il agissait en aveugle, au hasard. Aujour-d’hui il comprend ce qu’il fait, il sait ce qu’il peut :mettra-t-il sa volonté au niveau de son intelligence?Sera-t-il dans l’univers un agent utile, un créateur bien-faisant, ou bien un destructeur coupable? 11 s’agit, dansle parti qu’il prendra, de la conservation et de l’hon-neur de sa race.
1. J.-J. Baude, Cherbourg et es ports anglais. Revue des DeuxMondes, 15 janvier 1859.