LES FORÊTS
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était alors composée de Chênes, est aujourd’hui une futaiede Sapins et d’Épicéas. Les Hêtres, qui formaient, il y aun siècle et demi, celle de Ilaguenau, ont été remplacéspar des Pins. De nombreux villages qui, en France, s’ap-pellent encore Chesnaie, Charmettes, Tremblaie, Boulaie,n’ont plus droit à ces dénominations, les arbres des boisvoisins, auxquels ils les devaient évidemment, ayant dis-paru et cédé la place à d’autres essences. Ainsi la naturea établi d’elle-même dans ses forêts la rotation que lescultivateurs, éclairés par l’expérience, ont adoptée dansleurs cultures.
Mais le sol et le climat ne disposent pas seuls desforêts ; un autre agent est intervenu, l’homme, dont l’ac-tion, quelquefois réfléchie et utile, est le plus souventaveugle et funeste. Quand l’homme arrache une forêtpour y substituer, sur un sol fécond, les plantes pré-cieuses qui le nourrissent, lui et ses troupeaux, il faitun usage légitime et louable de son pouvoir sur la na-ture; il est encore dans son droit et dans son rôle, lors-qu’il tire de la forêt, dans une juste mesure, le bois queréclament son bien-être, ses travaux, ses arts. Mais si,au lieu d’exploiter, il saccage, s’il dévaste sans raison niprofit, ou si, dans sa hâte de jouir, il gaspille, sacrifianttout l’avenir à l’heure présente, alors il fait une œuvremauvaise, et se conduit comme un être insensé et mal-faisant. Or cette œuvre folle, l'homme l’a commise, il lacommet tous les jours, et l’imprévoyance des nations ci-vilisées n’y a pas une moindre part que l’incurie despeuples sauvages.
Il n’est pas sur la terre de domaine forestier qui n’aitété ainsi plus ou moins endommagé. Plusieurs ont mêmeété complètement détruits et ont disparu à jamais. Dansl'Amérique du Nord, au Canada, c’est toute une arméede bûcherons — environ 50 000 hommes — qui chaqueannée se met en campagne, se répand dans les magni-fiques forêts de conifères, principale richesse de ces con-