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LES FORÊTS
se fasse donc pas une idée exagérée de la beauté des forêtsde l’Inde. Trop de générations y ont passé, y ont vécuavec leurs troupeaux. Des villages et des ruines de vil-lages s’y rencontrent à de courtes distances. Cette vieilleterre, trop foulée, trop exploitée, paraît usée et commeflétrie. C’est seulement dans les vallées reculées, ou surles montagnes, que la végétation a pu profiter des faveursd’un climat généreux et déployer librement sa magnifi-cence.
L’Asie Mineure, jadis boisée, est maintenant dénudéeet stérile, sauf sur les bords de la mer, où les arbres neforment guère que des jardins et des vergers. Aussi sesrivières, mal alimentées, sont-elles tantôt à sec, tantôtviolentes et torrentueuses ; ou bien, n’avant pas la forcede se creuser un lit, elles se traînent languissamment surle sol, cessent de couler et s’étalent en dévastés marécagessaumâtres et insalubres. Quelques belles forêts de cèdresont échappé à la destruction, parce qu’elles se sont blottiesdans des retraites inconnues à 1500 et 1700 mètres de hau-teur, sur les flancs escarpés de l’Anti-Taurus.
La Grèce n’a pas été épargnée. « Les hommes l'ont rui-née, dit un géographe 1 . Les forêts, que chantaient lespoètes, ont été dévastées par le plus grand des malfaiteurs,par l’homme; et la dent des troupeaux en empêche la res-tauration. Les sources ont séché, les rivières, devenuestorrents, n’ont d’eau que pour décharner la montagne, etentraîner vers la mer les alluvions de la plaine. Plus decampagnes riantes. A la place d’une nature où la grâceet la fraîcheur s’alliaient à la beauté des profils, à l’éclatdu ciel, à la grandeur des horizons, il ne reste dans lescantons les plus fameux jadis que des monts sans bojs,sans prairies, sans fontaines, des roches étranges et arides,des gorges où le soleil brûle, des vallées tantôt sèches,
1. M. Onésime Reclus. Voir la Terre à vol d'oiseau. Librairie Ha-chette.