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LES FORÊTS
tares de bois qui couvrent la partie montagneuse de cettecontrée. H n'est pas d’année où, soit par malveillance,pour se venger, soit par intérêt, afin de procurer despâturages à leurs troupeaux, ils ne mettent le feu à deprécieuses futaies de Chênes-Liège ou à de superbesmassifs de Cèdres. Ils organisent ces incendies avec mé-thode, avec art. Ils choisissent un jour où souffle avecviolence le desséchant sirocco; des bûchers de brous-sailles et de branches sèches sont disposés d’avance deplace en place pour activer la combustion, et desescouades d’incendiaires se tiennent à leur poste, prêts àalimenter, à diriger la flamme et au besoin à la défendrecontre ceux qui voudraient tenter de l’éteindre. C’estainsi qu’en douze ans, de 1862 à 1874, 250 000 hec-tares de bois ont été brûlés. En 1881, de nombreuxincendies, allumés simultanément, détruisirent de vastesmassifs de Chênes-Liège sur la côte orientale. Des paque-bots virent de la pleine mer tout le littoral s’illuminerd’un cordon de feu ininterrompu sur une longueur de500 kilomètres, depuis Dellys jusqu’à Bizerte. Le feu durasix jours; de précieuses richesses forestières, d’une va-leur de 9 millions, furent anéanties.
Si le nord de l’Europe demeure abondamment pourvude forêts, au point que les régions boisées de la Scandi-navie et de la Russie septentrionale 1 forment presque lesdeux tiers de l’étendue de ces contrées, si l’Allemagnepeut être fière de ses futaies, qui occupent encore presquele quart de son territoire et qu’elle traite avec un soinsavant, si le Tyrol, la Carinthie, la Styrie, la Transyl-vanie gardent à l’Autriche, sur les pentes de leurs Alpessauvages, de nombreux massifs restés intacts, la Russieméridionale s’est dépouillée presque complètement de
t. Il n’y a pas un siècle, la Russie était encore toute couverte deforêts. Un voyageur a dit qu’un écureuil, sautant d'un arbre àl'autre, aurait pu aller de Moscou en Finlande sans toucher une seulefois la terre.